Mardi 4 décembre 2007

 

 

Entretien avec Rony Brauman



par Bahar Makooi



L’analyse de Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières (MSF), une des principales ONG françaises dans le monde. Ce médecin et intellectuel engagé se montre de plus en plus critique vis-à-vis de certaines dérives de l’humanitaire. Il y a quelques mois déjà il avait tiré la sonnette d’alarme en en reprochant à Bernard Kouchner, fondateur de MSF et actuel ministre des Affaires étrangères d’avoir dramatisé la situation au Darfour et mis en avant le « droit d’ingérence ».

L’affaire de l’Arche de Zoé révèle-t-elle les limites de l’humanitaire ?

Cette affaire montre que la morale, l’indignation ne sont pas suffisantes pour guider l’action humanitaire. Elle rappelle qu’il y a des normes juridiques qui règlent l’action humanitaire, le droit international mais aussi le droit national des pays dans lesquels interviennent ces ONG. Décider de violer ces normes juridiques est un acte grave qui doit être réfléchi et justifié. Si il y a un grand carnage et que des frontières s’opposent au passage des secouristes pour sauver des vies, on comprend que ces frontières soient franchies de manière illicite même si c’est une infraction à la loi.

Justement, vous avez reproché à certains intellectuels français et notamment à Bernard Kouchner d’avoir exagéré la situation au Darfour et d’avoir une responsabilité morale dans l’affaire de l’Arche de Zoé ?

Ce que je leur reproche c’est d’avoir décrit une situation, où en effet le terme de génocide avec bien d’autres choses contribuait à dramatiser l’évènements, à faire croire que les violences contre les civils constatées pendant les six premiers mois de cette guerre restent toujours au même niveau d’intensité, que personne ne fait rien, que la population est donc livrée pieds et poings liées à ses bourreaux. Il y a là une méconnaissance voulue et dramatisée de l’énorme dispositif de l’aide internationale qui s’est déployée au Darfour et au Tchad.

Pensez-vous que leurs idées aient pu influencer les membres de l’Arche de Zoé ?

Quand on met en avant le côté dramatique voir « hyper sanglant » d’une situation et qu’on fait mine de constater que personne ne s’y intéresse, qu’on fait des meetings, qu’on organise des semaines de sensibilisation pour les médias…Tout cela est destiné à faire penser que personne ne fait rien et qu’il faut se mobiliser. Ces affirmations sont très problématiques et semblent être en relation avec ce qu’on fait les gens de l’Arche de Zoé.

Il y a des comportements qui peuvent être des comportements impérialistes, dominateurs, paternalistes dans le monde de l’aide. Je suis bien conscient de cela, je partage le ressentiment d’un certain nombre d’africains. Mais dans l’affaire de Zoé comme dans bien d’autres c’est bien plus le fait que ce soit des enfants que le fait que ce soient des africains qui a motivé cette initiative intempestive.

Concernant ces comportements « paternalistes » chez les humanitaires, faites vous la différence entre les ONG et les institutions comme l’Unicef ?

Pas nécessairement. Il peut y avoir des comportements qui sont colonialistes de la part de membres d’une agence des Nations unies comme l’Unicef, mais aussi de la part de membres d’ONG.

L’internalisation du personnel est une solution à cela. Elle évite ce type de comportements. Et ça c’est vrai aussi bien pour les Nations unies que les ONG. Pour sortir de visions culturalistes étriquées et très mauvaises conseillères, comme pour élargir le domaine des compétences auxquels ont fait appel.

J’espère que l‘Arche de Zoé va servir de leçon aux gens qui croient que seule leur vision de choses, seule leur indignation compte. Il faut de l’émotion pour agir, mais si on s’en tient à sa propre émotion on fonctionne dans une sorte d’égoïsme sublime qui est catastrophique.


Sources
Marseille Solidaire

Posté par Adriana Evangelizt



par Adriana Evangelizt publié dans : Prises de positions de Rony
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Mardi 27 novembre 2007

Un résumé détaillé du livre de Yakov M. Rabkin pour bien comprendre ce que le Sionisme a fait du Judaïsme et des Juifs...




Torah, sionisme et anti-sionisme

 

par Osée Kamga

 

B.A., M.A., Ph.D. (UQAM), professeur en communication à l'Université de Sudbury, Ontario, Canada, membre de Tolerance.ca®

 

Comment prend forme l'idée d'un État juif en Palestine? Qu'est-ce qui nourrit le nationalisme juif? Comment procèdent les sionistes? Yakov M. Rabkin fait le tour de ces questions dans son ouvrage Au nom de la Torah Une histoire de l'opposition juive au sionisme (PUL, 2004), mais il ne s'arrête pas là. Comme le sous-titre de son ouvrage l'indique, il s'agit surtout de retracer l'opposition juive au sionisme, laquelle se légitime par la Torah.


Un nationalisme sur fond de frustration


Rabkin met largement en évidence le rôle joué par les Juifs de Russie dans l'avènement de l'État d'Israël et la Russie apparaît d'ailleurs comme le berceau du nationalisme juif. Ce qui nourrit ce nationalisme c'est, plus que tout autre chose, le sentiment de frustration. On est au tournant du XX
e siècle. Hautement sécularisés, les Juifs qui tentent leur intégration dans la société russe ressentent pourtant un certain rejet. Ils sont installés en Russie depuis des générations, ont adopté le mode de vie russe et leur pensée s'est largement sécularisée. Pourtant, ils sont encore considérés comme des citoyens de second rang, malgré quelques progrès significatifs sur le plan sociopolitique.

Puis il y aura les pogroms qui, couplés à l'affaire Dreyfus en France, viendront saper les espoirs d'intégration et désillusionner les plus optimistes. Rabkin écrit : « Aux origines du sionisme se trouve le sentiment de honte, de dignité insultée. » Autrement dit, ce n'est pas la peur de la persécution ou la douleur des souffrances, mais bien un orgueil blessé, le constat de l'impossibilité de devenir un Européen à part entière, qui éveille l'élan nationaliste juif.

La colère envers le système qui les rejette ainsi attise dans des cercles juifs une fierté réactionnaire : « Le motif de l'orgueil y fait son apparition dans un sens nouveau. […] Le romantisme héroïque, en rupture avec la tradition juive, s'installe dans ces nouveaux milieux juifs. » Un romantisme héroïque qui donne naissance au terrorisme politique à l'œuvre dès les premières heures du mouvement sioniste.

En fait, à en croire Rabkin, l'intolérance et le terrorisme sont constitutifs du mouvement sioniste, parce que « les sionistes considèrent illégitime toute opposition à leur projet politique. Ils peuvent tolérer tant bien que mal des dissensions tactiques au sein du mouvement mais pas une opposition de principe au projet sioniste. Cette intolérance légitime la violence. »

C'est dans cette optique que prend place « le premier assassinat politique en terre d'Israël », soit le meurtre de Jacob Israël De Haan, activiste politique, indigné contre la tournure violente qu'empruntait le mouvement sioniste. Cet assassinat prive alors le mouvement anti-sioniste juif de son porte-flambeau le plus redoutable, puisque De Haan avait des relations influentes sur le plan international et entendait mettre sur pied une organisation capable de faire contre-poids au mouvement sioniste encore embryonnaire.

L'usage de la violence deviendra la règle dans le mouvement sioniste, et le recours aux actes terroristes se fera systématique dans ses organisations armées, soudées « par la conviction qu'il faut inculquer la peur, terroriser l'adversaire pour que triomphe le projet national. » Comme dirait Machiavel, « il est beaucoup plus sûr de se faire craindre ». Rabkin de souligner que « c'est, ironiquement, cette même approche qu'adoptent avec le temps les terroristes palestiniens. »

Dans son analyse, Rabkin évoque le machiavélisme du mouvement sioniste qui doit être à la mesure de l'ambition pour parvenir au succès du projet. Il faut rappeler le caractère singulier de l'objectif qu'est la création de l'État d'Israël : sa réalisation a besoin d'une terre, d'une population et d'une identité. Le choix de la Palestine est tout indiqué, puisqu'il s'agit de terres ancestrales sur lesquelles, par ailleurs, vivent de très anciennes communautés juives, bien que numériquement insignifiantes.

Le
peuplement, quant à lui, doit se faire par la colonisation. Les Juifs, dispersés dans le monde depuis la destruction du second Temple et la déportation romaine en l'an 70, constituent le creuset où doit puiser le sionisme dans la perspective de l'État envisagé. Le problème : deux mille ans d'isolement n'auraient su garder l'homogénéité identitaire.

Autrement dit,
la diaspora est idéologiquement et culturellement fragmentée. La langue des ancêtres, l'hébreu en l'occurrence, va pratiquement disparaître pour n'être désormais pratiquée que dans des cercles érudits, par des rabbins versés dans l'interprétation et l'enseignement de la Torah.

Les défis qui attendent le mouvement nationaliste se résument ainsi : « 1) transformer l'identité transnationale juive centrée sur la Torah en une identité nationale à l'instar d'autres nations européennes; 2) développer une nouvelle langue vernaculaire, soit une langue nationale, fondée sur l'hébreu biblique et rabbinique; 3) déplacer les Juifs de leurs pays d'origine vers la Palestine; et 4) établir un contrôle politique et économique sur la Palestine. »

Ce qui est frappant, c'est de voir jusqu'où, du moins selon certains intellectuels juifs, les sionistes pouvaient aller aussi bien pour favoriser la colonisation que pour créer une identité nationale. On a déjà souligné le terrorisme dirigé contre les Juifs considérés comme « traîtres ». Il faut y ajouter l'agression envers les Palestiniens qu'il fallait alors éliminer, soit « ouvertement » par la force, soit « sous les voiles d'une rhétorique mensongère », notamment en créant chez le colon un sentiment d'insécurité, en construisant une identité juive basée sur la menace arabe.

La Shoah

Outre cette réalité, Rabkin affirme que
plusieurs autorités rabbiniques font porter la responsabilité de la Shoah aux sionistes. C'est que, dans les années 1930, nombre d'organisations juives liées au sionisme se seraient ouvertement mobilisées contre les politiques discriminatoires en Allemagne nazie, se servant des journaux ou de la force du boycott pour exprimer leur mécontentement. Toutefois, nombre d'autorités rabbiniques pensent que loin d'apaiser le régime de Hitler, cette « mobilisation anti-allemande dont les Juifs constituent clairement l'avant-garde » va « [provoquer] la rage du dictateur. » Mais il y a pire : les sionistes auraient compris très intuitivement que l'image de victime servirait leur cause. Ils auraient alors saboté, à dessein, les efforts de sauvetage des Juifs un peu partout en Europe.

Selon des sources retracées par Rabkin, les sionistes espéraient un grand nombre de victimes afin d'avoir le droit « d'exiger un État. » L'esprit de l'holocauste était ainsi récupéré à des fins séculières. Il faut rappeler que les sacrifices prescrits par la Torah étaient des sacrifices propitiatoires. Et le fidèle, en s'y soumettant, reconnaissait qu'il était pécheur. Cependant, le sacrifice consenti par la pensée sioniste servait, non pas à expier les fautes telle que le veut la tradition juive, mais plutôt à légitimer la revendication d'un État. On attribue à Ben Gourion lui-même les propos suivants : « Si je savais qu'on pouvait sauver tous les enfants juifs en les faisant passer en Angleterre, mais la moitié seulement en les transférant en Palestine, je choisirais cette deuxième option, parce que ce qui est en cause n'est pas seulement le sort de ces enfants, mais également le destin historique du peuple juif. »

Après la catastrophe, les sionistes, selon Rabkin, mettront à profit l'argument de victimes pour justifier aux yeux de la communauté internationale la nécessité d'un État juif, seul lieu, dans leur perspective, où les juifs se sentiraient en sécurité. « Tous les critiques accusent les leaders sionistes de s'être souciés d'un futur État plutôt que du sort que subissaient les juifs dans les camps d'extermination. », écrit-il. Aujourd'hui encore, la Shoah demeurerait un précieux outil de manipulation pour les dirigeants politiques d'Israël, puisqu'elle servirait à « étouffer [les] critiques et à générer une sympathie pour l'État, présenté comme l'héritier collectif de six millions de victimes. »

Une autre manœuvre troublante du mouvement nationaliste se jouerait autour de la langue. On le sait, la langue constitue un des éléments cruciaux qui fondent l'identité collective. Bien que les colons, majoritairement d'Europe centrale et orientale s'expriment en yiddish, les leaders sionistes ont décidé de faire de l'hébreu la langue officielle du nouvelle du futur État, question de « fonder une continuité » historique.

Le pari de « prendre la langue des rabbins et d'autres intellectuels afin de l'adapter à l'usage en société » réussira;
mais à quel prix ? s'interroge l'auteur. Les sionistes, soutient-il, s'inspirent des modèles de rééducation en vigueur dans le système soviétique, en s'attaquant à l'intégrité identitaire des immigrants pieux. Les enfants sont arrachés à leurs parents et placés dans des camps isolés où l'on entreprend de les laïciser pour en faire de « vrais Israéliens ». Rabkin rapporte la description des camps telle que faite par un parlementaire israélien : « Je ne puis employer d'autres termes pour décrire la situation dans ces camps que ceux de contrainte spirituelle et d'inquisition contre la religion juive. Je ne vois rien d'autre dans ce qui est fait dans ces camps qu'un meurtre culturel et religieux des tribus d'Israël. »

D'une manière étonnante, ces modèles psychologiques et culturels de contrôle social rappellent les totalitarismes aussi bien soviétique qu'allemand. De plus, pour prolonger indéfiniment leur prétendue rééducation, Rabkin soutient que les autorités israéliennes n'hésiteront pas, à l'occasion, de prétendre que les enfants sont morts, subterfuge que les parents découvriront seulement des années plus tard. La véritable raison de cette rééducation, c'est, plus que l'apprentissage de la langue, l'inculcation chez le jeune immigrant d'une idéologie nouvelle, d'une personnalité nouvelle. Ce qui fait dire à Rabkin que la victoire de l'hébreu sur le yiddish n'est pas une victoire d'une langue, mais plutôt d'une idéologie qui refuse l'exil et songe à créer « un nouvel homme hébreu. »

Sionisme, anti-sionisme et Torah

Pour Rabkin,
le sionisme s'inspire des nationalismes ambiants en Europe et de l'International bolchevique, il se nourrit de frustration et veut se légitimer par la pensée messianique. C'est ici que le bât blesse : récuser la tradition et le passé tout en les évoquant comme base de légitimation.

C'est que, d'une part, le mouvement sioniste est séculier et sa méthode, c'est la force. Ben Gourion est persuadé que l'usage de la force est la seule méthode possible pour la création de l'État : « nous devons aller de l'avant, conscient de notre situation politique, conscient des relations de pouvoir, de la force de notre peuple ici et à l'étranger. » Le soutien qu'il espère à l'intérieur comme à l'extérieur de la Palestine est politique et militaire et non spirituel.

D'autre part, les sionistes tentent de s'accréditer par les références exégétiques judaïques. En l'occurrence, l'écrivain Jabotinsky, récupère la figure héroïque du Samson de la Bible et de sa victoire sur les Philistins, pour fonder une philosophie politique reposant sur la force. Qui plus est, la pensée messianique du rassemblement des juifs à Sion, entendez Jérusalem, est souvent mise de l'avant. Autrement dit, ce dont les antisionistes attendent la réalisation par l'avènement du Messie, les sionistes, eux, l'accomplissent par la puissance politico-militaire. En quelque sorte, ceux-ci ont « levé l'idole du nationalisme […] dans le palais de Dieu. »

L'argument anti-sioniste c'est donc la tradition judaïque articulée autour de la Torah. Pour les anti-sionistes, ce que leur lègue Dieu à travers Moïse, c'est la Torah et non la terre. Dans cette perspective, l'État apparaît plutôt contingent, puisque « la vie du peuple juif transcende le cadre étatique. »

Sur divers plans,
le sionisme tranche aussi bien avec la tradition talmudique qu'avec les préceptes de la Torah. Contrairement à l'entreprise sioniste, la tradition judaïque fait l'éloge de la paix et de la cohabitation pacifique. Puisque l'exil est pour elle la conséquence des transgressions faites à la Loi, la contrition et le retour à Dieu constituent alors la condition absolue de la restauration promise. Tandis que la tradition judaïque prêche la commisération, la pensée étatique la dénie. Rabkin note que « les survivants arrivés en Israël après la Shoah y rencontraient du dédain, voire de l'hostilité. » Tandis que les sionistes voient dans la Shoah le résultat d'une faiblesse militaire, leurs adversaires y perçoivent les termes d'une punition divine. Même tragédie donc, mais qui donne lieu à deux lectures fort différentes dans les rangs juifs.


Un texte éclairant, mais quelque peu biaisé

Si le sionisme est un mouvement bien connu, l'anti-sionisme qui l'accompagne dès ses débuts, l'est moins. Et pour cause, l'ostracisme systématique dont ont été frappés les antisionistes juifs, ces derniers étant bien souvent taxés d'anti-sémitisme. Rabkin note que « dans la diaspora, le consensus actuel rend toute remise en question du sionisme suspecte» Il estime que le débat entourant la création et l'existence même d'Israël a longtemps souffert d'une amputation, tronqué d'un volet essentiel à sa saine évolution. Pour lui, il est temps de faire place ouvertement à l'argument des antisionistes, de lever cette censure à peine tacite qu'il subit dès l'aube du mouvement sioniste, c'est-à-dire depuis l'assassinat de De Haan.

L'ouvrage de Rabkin est éclairant. On y ressent une juste précaution terminologique où l'auteur replace chacun des concepts clés dans un contexte de signification. On peut clairement discerner qu'être Israélien et être Juif ne sont pas synonymes, que le concept d'Israélite est spécifique à une époque en France et désigne le Juif qui garde allégeance au judaïsme, que la notion de peuple d'Israël ne saurait se détacher de sa dimension messianique. On apprend, par ailleurs, qu'antisémitisme et sionisme, au tournant du XXè siècle en Europe sont « conceptuellement compatibles », puisque les antisémites d'alors, soucieux de se débarrasser du Juif, se montraient largement favorables au sionisme. On y découvre par dessus tout, non sans intérêt, le caractère tranchant du discours antisioniste.

Un ouvrage historiquement instructif donc. Cependant, on ne peut s'empêcher d'en interroger l'objectivité.

Il faut le souligner : Rabkin mentionne que
même les fouilles archéologiques en terre d'Israël ont été idéologiquement orientées pour servir la cause nationaliste. S'il est possible de manipuler une science réputée dure, il le sera certainement davantage pour la science historique qui repose, dans une large mesure sur l'interprétation.

On remarque dans l'ouvrage de Rabkin une forte propension à la documentation antisioniste. Les personnages interviewés sortent souvent des mouvements antisionistes; les documents consultés, notamment ceux qui servent à accréditer l'exploitation de la Shoah par les sionistes, sont repérés dans les cercles antisionistes.

Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'en tirer des conclusions hâtives. Il faut toutefois le souligner : dès le choix des sources documentaires peut se glisser le geste idéologique. Pour le reste, la question juive, comme l'appelait Marx, trouve ici le moyen de s'actualiser, avec grande sincérité et beaucoup d'élégance.

Yakov M. Rabkin, Au nom de la Torah. Une histoire de l'opposition juive au sionisme, PUL, 2004, 274p.

Yakov M. Rabkin est professeur au département d'histoire de l'Université de Montréal. Parmi ses publications, on retrouve
Diffusion of New Technologies in Post-Communist World. Dodrecht: Kluwer, 1997. Il est aussi co-éditeur avec I. Robinson de Interaction of Scientific and Jewish Cultures in Modern Times. New York: Edwin Mellen Press, 1995.

http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=82&L=fr

Posté par Adriana Evangelizt

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Mardi 27 novembre 2007

Les gesticulations de BHL sont normales. A part du révisionnisme, de l'antisémitisme pour aller dans la voie sioniste et pro-israélienne, de quoi peut-il nous parler ? De rien.

 

Bernard-Henri Lévy dénonce les "révisionnistes"
 au sujet du Darfour

 

Bernard-Henri Lévy a violemment dénoncé les "révisionnistes" français qui, selon lui, minimisent les massacres au Darfour, en recevant lundi soir à Madrid un prix de journalisme pour des reportages dans cette région du Soudan.

 

Le philosophe français a exprimé cette opinion alors qu'il recevait le prix "Reporter 2007" décerné par le quotidien conservateur madrilène El Mundo.

"Il y a à Paris une petite clique de révisionnistes qui ont commencé à relativiser, à banaliser, à nier ce qui se passe au Darfour", a-t-il déclaré à cette occasion à l'AFP.

"Ils pensent qu'un état du tiers-monde comme le Soudan ne peut pas être tout à fait assassin et que des victimes soutenues par l'opinion publique américaine ne peuvent pas être vraiment des victimes", a-t-il ajouté.

Bernard-Henri Lévy a identifié précisément parmi ces "révisionnistes" l'ancien président de Médecin sans frontières (MSF) Rony Brauman, ainsi que les responsables du mensuel le Monde Diplomatique.

"Ils font un sale travail d'insulte aux morts du Darfour", a-t-il ajouté sur un ton particulièrement véhément, au sujet d'un conflit qui a fait, selon l'ONU, 200.000 morts depuis février 2003, un chiffre que ne reconnaît pas Khartoum.

Rony Brauman avait estimé fin octobre que M. Lévy avait une "responsabilité morale" dans l'affaire au Tchad de l'Arche de Zoé (qui affirmait vouloir sauver des enfants du Darfour), pour avoir "installé l'idée" que ce qui attendait "immanquablement" les habitants du Darfour "c'était la mort".

C'est une "polémique indécente", a ensuite déclaré le philosophe français en recevant sa distinction, un des "Prix internationaux de journalisme" décernés chaque année par El Mundo.

Le philosophe espagnol Fernando Savater, connu notamment pour sa dénonciation du terrorisme au Pays Basque espagnol, a été également distingué lundi soir par El Mundo.

Sources 
Jeune Afrique 

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Adriana Evangelizt

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Jeudi 22 novembre 2007

 

 

Rony Brauman (ex-MSF) dénonce la responsabilité morale de Kouchner


Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, a estimé mardi sur RTL que les membres de l'Arche de Zoé "croyaient sincèrement qu'ils allaient sauver des enfants menacés de façon imminente" par un génocide, "idée installée par Bernard Kouchner et Bernard-Henri Lévy".

Pour l'ancien président de MSF "et comme la quasi totalité des organisations humanitaires qui oeuvrent au Darfour, on ne constate pas qu'il y a une guerre génocidaire, c'est-à-dire l'avancée d'une machine qui broie les vies à mesure qu'elle progresse sur son chemin".

Mais, a ajouté Rony Brauman, "c'est l'idée qui a été installée en particulier par Bernard Kouchner et Bernard-Henri Lévy, un certain nombre de personnalités qui, fortes de leur statut moral, ont installé l'idée" que ce qui attendait "immanquablement" les habitants du Darfour "c'était la mort".

Pour ce spécialiste de l'humanitaire, "il suffit d'aller sur le site de L'Arche de Zoé pour voir qu'ils parlent de plus de 800.000 enfants qui vont mourir d'ici la fin de l'année, des chiffres accablants, écrasants, qui suscitent, forcément, chez les uns et les autres, des vocations de sauveteurs".

"Quand vous êtes un sauveteur dans ces conditions-là, vous êtes nécessairement un sauveteur intempestif", a conclu M. Brauman.

Pour autant, il juge "la réaction" des pouvoirs publics "disproportionnée". "Ces gens sont fautifs et il est normal qu'ils soient mis en accusation devant la justice", mais a-t-il observé, "ils n'ont fait que tenter de sauver des enfants qui leur semblaient être en danger de mort".

SourcesWebmember

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Jeudi 22 novembre 2007

La colère de Rony Brauman ex-president de MSE...


«Ils ont cru BHL et Kouchner»



Le Nouvel Observateur.
- Quel jugement portez-vous sur l'action de l'Arche de Zoé ?

Rony Brauman. -Je la condamne sans réserve, même si je crois volontiers que ces gens étaient convaincus de la justesse de leur mission. Ce genre de pratique n'est d'ailleurs pas exceptionnel. Ce qui est nouveau ici, c'est le caractère spectaculaire et l'ampleur de l'action projetée. J'ai déjà vu débarquer dans des camps de réfugiés soit des intermédiaires agissant pour des parents en attente d'adoption, soit des trafiquants. La sincérité des familles n'était pas du tout en question, même si la frontière entre intermédiaires et trafiquants n'était pas toujours très nette. Mais ces familles confondent trop souvent le sort de ces enfants avec l'amour et la protection qu'elles ont envie de leur offrir. Les enfants en situation difficile concentrent sur eux d'énormes affects qui peuvent vite prendre une allure emballée. Si, en plus de cela, des autorités intellectuelles et morales affirment que ces enfants ne sont pas seulement vulnérables mais condamnés à mort, que personne ne fait rien pour eux, il ne faut pas s'étonner que surgissent des vocations de secouristes intempestifs.

N. O.-
Laction humanitaire ne s'est-elle pas construite sur le droit d'enfreindre les règles lorsque la vie d 'autrui est enjeu ?

R. Brauman. - C'est vrai. Elle s'inscrit dans cet héritage-là. Mais, historiquement, la notion de transgression est davantage présente dans le discours que dans la pratique. Je rappelle que les secours d'urgence au Biafra, récit fondateur de rhumanitaire contemporain, ont été menés par la Croix-Rouge internationale, qui ne se situe pas dans la catégorie des francs-tireurs. Si courageuse qu'elle ait été, cette opération n'était nullement une violation de souveraineté. Dans l'action humanitaire, il y a des règles. On peut contester des fois, mais on ne peut pas faire comme si elles n'existaient pas. En l'occurrence, ce groupe a décidé qu'il n'y en avait pas, en invoquant ce que certains, je pense a BHL et a Bernard Kouchner, disaient de la situation. De fait, si une machine génocidaire était en marche au Darfour, comme ils le prétendaient, cette exfiltration serait plus que défendable. Il y a des situations d'exception qui justifient qu'on viole les lois.

N. O. -Vous aussi, vous avez commis des actes «illégaux» quand vous l'avez jugé nécessaire.

R. Brauman. - Et je le revendique ! Pour intervenir en Afghanistan ou dans d'autres régions contrôlées par des guérillas, Médecins sans Frontières et d'autres ont dû franchir clandestinement des frontières. Je l'ai fait à plusieurs reprises. Dans l'affaire qui nous occupe, on s'affranchit non pas seulement de la règle, mais aussi et surtout du réel. En inventant l'existence de dizaines de milliers d'enfants soudanais abandonnés, promis à une mort certaine, ce qui est faux. Ou encore en affirmant que le drame du Darfour est oublié de tous, alors qu'il y a des milliers de personnes à pied d'oeuvre dans les camps pour venir en aide aux réfugiés et aux déplacés. J'étais à Abéché cet été. C'est une véritable «cité humanitaire». Un endroit où une bonne partie des avions, véhicules ou gens sont identifiables comme humanitaires. Quand vous arrivez dans un camp, vous n'avez pas le sentiment d'être dans un lieu désolé. Certes, il y a de la souffrance, de la misère, mais il y a aussi un grand nombre d'humanitaires, expatriés et tchadiens, qui s'efforcent, avec succès, d'en atténuer les conséquences. Et c'est également le cas dans une grande partie du Darfour.

N. O. - Cette affaire pose à nouveau la question du Darfour. Comment qualifier les atrocités commises dans cette région ?

R. Brauman. - C'est la vraie question. Sommes-nous aujourd'hui dans la situation de 2003-2004 ? La réponse est non. Il continue d'y avoir des violences disséminées, le gouvernement soudanais fait toujours la guerre aux rebelles, nais le niveau de violence n'a rien à voir avec ce qu'il était il y a quatre ans. Un indicateur : la mortalité a été divisée par cent ! Il y avait en moyenne 10 000 morts par mois en 2003-2004, contre une centaine actuellement. A cela, je me suis vu rétorquer par Bernard-Henri Lévy que ce n'est pas parce qu'en 1944 la majorité des juifs avaient été exterminés qu'il ne fallait plus rien faire. Cette référence au nazisme est d'abord une façon de couper court à toute réflexion. Dès que vous avez prononcez le mot génocide, vous interdisez toute distance et justifiez toutes les transgressions.

 

Christophe Boltanski

Le Nouvel Observateur

Adriana Evangelizt

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Lundi 15 octobre 2007

Les mensonges de la loi

 

par Rony Brauman 

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EN SEPTEMBRE 2001, les travaux de la Conférence mondiale sur le racisme de Durban avaient été noyés dans le tumulte d’une compétition malsaine pour le titre de victime majeure. La question de la traite esclavagiste et du colonialisme était devenue l’objet d’une rivalité perverse avec la Shoah pour le titre de plus grand crime de l’histoire, à l’ombre du conflit israélo-palestinien.

L’écriture de l’histoire sous forme de réquisitoire et sa dilution dans une mémoire de malheur sont le mouvement même de cette compétition malsaine.

Lors des cérémonies d’avril dernier au mémorial de la Shoah de Jérusalem, le président polonais Aleksander Kwasniewski, constatant qu’un nombre record de 22000 jeunes Israéliens s’étaient rendus à Auschwitz au cours de l’année écoulée, regrettait que ces voyages se limitent à un pèlerinage sur les lieux du désastre. Il appelait les participants à s’intéresser aux huit cents ans de vie juive en Pologne et à se souvenir que ce pays ne fut pas uniquement un territoire d’extermination des juifs. Renouer avec une longue histoire qui n’est pas celle d’un supplice séculaire est un but en soi. Cela permettrait aussi d’éviter que la principale leçon retenue par les jeunes Israéliens de ces voyages sur les lieux de la mise à mort de juifs hors d’état de se défendre soit que leur existence tient exclusivement à la puissance militaire de leur pays.

On doit respect aux morts, on ne doit que la vérité aux vivants, disait Anatole France. L’importance prise dans l’espace public par la rhétorique de la mémoire tend à reléguer cet impératif dans les limbes. Invoquant le « devoir de mémoire » et cultivant la nostalgie de la grandeur nationale perdue, l'Assemblée nationale a voté le 23 février dernier une « loi portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». Cette loi reconnaît les souffrances éprouvées et les sacrifices endurés par les rapatriés, les anciens membres des formations supplétives et assimilés, les disparus et les victimes civiles et militaires des événements liés au processus d’indépendance de ces anciens départements et territoires [...]. » Remercions au passage les juristes qui rappelèrent à cette occasion qu’une loi peut permettre, obliger, ou interdire, mais qu’elle n’est pas faite pour reconnaître. Ils ne furent pas entendus par les parlementaires, qui allèrent plus loin au contraire : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ». Incitant les professeurs à se faire les porte-voix d’une histoire officielle, cette loi ouvre par là même la voie à toutes les surenchères revendicatrices.

L’historien de l’esclavage Olivier Pétré-Grenouilleau notait [1] , à propos des élucubrations de Dieudonné, que le détournement de l’histoire négrière est considérablement facilité par le fait que l’esclavage n’est pas un véritable objet d’histoire, en dépit des milliers d’ouvrages qui lui sont consacrés, mais d’abord un enjeu politique. D’où la tendance largement partagée à l’appréhender dans des termes d’abord moraux et accusatoires, qui sont le lexique du « devoir de mémoire » et dont divers incendiaires peuvent faire leur miel. Seule l’histoire, qui n’est pas un tribunal mais une discipline intellectuelle, nous permet de saisir la complexité d’un passé qui resurgit constamment dans le présent.

Enseigner l’esclavage conduit ainsi, nécessairement, à étudier les trois traites - arabe, africaine et européenne - qui le constituent et à décrire le commerce entre négriers orientaux, noirs et occidentaux. On ne voit pas d’autre antidote au poison de la victimisation par héritage. que ce dépassement du ressassement mémoriel par le savoir historique. Malheureusement, la loi mentionnée plus haut va dans le sens contraire et c’est pourquoi il faut demander son abrogation.

[1] "Traite négrière, les détournements de l’histoire", Le Monde du 5 mars 2005

Sources LDH Toulon

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Dimanche 7 octobre 2007

 

 

Vingt-quatre ans après les massacres de Sabra et Chatila et l'appel de Pierre-Vidal Naquet, nous condamnons les attaques meurtrières de Tsahal et demandons un cessez-le-feu immédiat au Liban. 

 

Nous, Juifs contre les frappes d'Israël

 

Par Raymond AUBRAC, Rony BRAUMAN, Rachel CHOUKROUN, Stéphane HESSEL, Marcel-Francis KAHN

 

Voici vingt-quatre ans, Israël lançait au Liban l'opération «Paix en Galilée», qui allait, par les bombardements terrestres et aériens, faire des centaines de victimes civiles et qui devait aussi, du fait de l'appui apporté par Israël à ses supplétifs libanais, conduire aux massacres de Sabra et Chatila.
 
C'est alors que, grâce à l'initiative de Pierre Vidal-Naquet notamment, fut lancé un appel de cent intellectuels juifs qui se désolidarisaient des soutiens inconditionnels à l'opération menée par Sharon et la condamnaient. Après les massacres, un rassemblement devant l'ambassade d'Israël fut organisé par le Comité des Juifs contre la guerre au Liban pour exprimer sa colère. Vingt-quatre ans plus tard, les successeurs de Sharon ont pris la relève. Ils lancent sur le Liban des attaques meurtrières comme celle de Cana, où les victimes sont surtout des femmes et des enfants comme ce fut le cas dix ans plus tôt au même endroit.
 

En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, après l'enlèvement d'un soldat israélien, et prenant prétexte du tir de roquettes artisanales, l'armée israélienne, après son coup de force contre le gouvernement palestinien démocratiquement élu, tire à l'arme lourde avec, là encore, des dizaines de victimes, dont la moitié sont des civils, femmes et enfants compris, cela après avoir détruit les infrastructures assurant un minimum vital aux populations.
 

Précisons-le : les soussignés ne sont des inconditionnels ni du Hezbollah, ni du Hamas. Et nous avons toujours condamné les attentats-suicides contre les populations civiles israéliennes, tout comme nous déplorons, aujourd'hui, que les Israéliens soient victimes des missiles qui frappent le nord de leur pays.
 

Mais quoi qu'on puisse penser du Hezbollah, l'attaque qu'il a menée contre des soldats israéliens, dont certains furent tués, et d'autres, enlevés, a servi de prétexte au gouvernement israélien pour mettre en application un plan qu'il avait déjà préparé longtemps à l'avance.

Et reviennent, comme toujours, les appels à l'union sacrée et au soutien inconditionnel à Israël lancés par les institutions qui prétendent représenter la totalité des voix juives en France. Cela non plus, nous ne pouvons l'accepter. Comme en 1982, comme à de nombreuses reprises depuis, les soussignés, Juives et Juifs, reprennent les termes du dernier appel signé par Pierre Vidal-Naquet quelques jours avant sa disparition : «Assez ! Trop, c'est trop !» Il faut un cessez-le-feu immédiat et total, aussi bien au Liban qu'en Israël, en Cisjordanie et à Gaza. Il faut l'ouverture de négociations dont les premiers objectifs seront un échange de prisonniers, le retour de la sécurité et de conditions humaines pour toutes les populations concernées.

Nous demandons au gouvernement français et aux instances européennes de défendre cette position qui ­ avec la juste solution du problème palestinien ­ est la seule capable d'éviter une extension catastrophique du conflit.

Nous tenons, par ailleurs, à saluer nos amis israéliens qui manifestent ­ dans des conditions très difficiles ­ contre la politique de leur propre Etat.

Sources Libération

Posté par Adriana Evangelizt

 

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Dimanche 7 octobre 2007

Les ambiguïtés du droit d'ingérence humanitaire

 

Olivier Corten, Maître de conférences,

Centre de droit international et de sociologie appliquée au droit international,
Université Libre de Bruxelles, Belgique.

 

 

La crise du Kosovo a aiguisé le débat entre partisans et adversaires du droit d’ingérence humanitaire. Le point au début du mois de juin 1999.

L’expression de «droit» ou de «devoir d’ingérence» – à laquelle on a rapidement accolé le qualificatif d’«humanitaire» – est apparue à la fin des années 80 sous la plume de Mario Bettati, professeur de droit international public à l’Université Paris II, et de Bernard Kouchner, homme politique français qui fut l’un des fondateurs de Médecins sans frontières. Ils voulaient s’opposer, selon l’expression du second, à «la théorie archaïque de la souveraineté des Etats, sacralisée en protection des massacres». La formule a vite fait recette, particulièrement avec l’avènement d’un nouvel ordre mondial sensé replacer au premier rang des priorités des valeurs comme la démocratie, l’Etat de droit et le respect des droits de la personne humaine. La nécessité de secourir les populations en détresse imposerait en effet à chacun un «devoir d’assistance à peuple en danger», qui transcenderait les règles juridiques traditionnelles.


En dépit des idées généreuses qui animent ses promoteurs, les incertitudes qui entourent ce droit ont d’emblée suscité le questionnement et même la critique, d’autant qu’on ne sait pas très bien s’il est seulement d’ordre moral ou destiné à être incorporé dans l’ordre juridique international existant. Celui-ci repose, depuis des siècles, sur un axiome: la souveraineté des Etats. En conséquence, un Etat n’est lié par une règle de droit – et en particulier par une règle qui protège les droits de l’homme –, que s’il l’a acceptée en ratifiant un traité ou en adhérant à une règle coutumière existante. Ainsi, les droits de l’homme n’ont-ils nullement, sur le plan juridique, la même étendue à l’échelle universelle: une personne sera mieux protégée dans certains Etats que dans d’autres.



La doctrine du «droit d’ingérence» tend à prendre le contre-pied de ce système juridique traditionnel, en remettant en cause le concept même de souveraineté sur lequel il s’appuie. Le pouvoir de l’Etat doit en effet plier, au nom d’une «morale de l’extrême urgence», devant les nécessités d’une protection minimale des droits de la personne. L’assistance humanitaire doit donc pouvoir être mise en œuvre au-delà des frontières, et peu importe si tel Etat s’est engagé à respecter une règle, à accepter la compétence d’un juge ou les pouvoirs d’une police internationale. Il n’est plus tenable de se contenter d’un formalisme juridique qui en vient en définitive à admettre, comme le dit Bernard Kouchner, qu’il serait «licite, quoiqu’inélégant, de massacrer sa propre population».


De nombreux juristes ont fortement critiqué la conception du droit international traditionnel que véhiculent les auteurs favorables au droit d’ingérence. D’abord, on ne peut en aucun cas prétendre qu’il serait «licite» pour un Etat de massacrer sa propre population sous le prétexte que tout ce qui se passe à l’intérieur des frontières relève de ses «affaires intérieures». La totalité des Etats ont formellement reconnu qu’ils devaient respecter des droits fondamentaux comme le droit à la vie, le respect de l’intégrité physique ou l’interdiction du génocide, à l’égard de leurs propres ressortissants et donc sur leur propre territoire. C’est «souverainement» qu’ils ont décidé de s’engager, et c’est dès lors «souverainement» qu’ils doivent respecter leurs obligations.


En cas de violation massive, on peut mettre en œuvre des rétorsions ou des représailles sur les plans politique, diplomatique, économique ou financier. Par exemple, un embargo est envisageable, même en dehors d’une intervention de l’ONU, à l’égard d’un Etat ou d’un groupe contrevenant aux droits les plus élémentaires de la population. Cette possibilité, loin d’être négligeable, a été choisie à l’encontre de certains Etats, comme l’Argentine au moment de la guerre des Malouines, l’URSS à la suite de l’intervention militaire en Afghanistan ou, plus récemment, Haïti ou le Burundi en réaction aux coups d’Etats survenus dans ces pays.


Le Conseil de sécurité peut par ailleurs qualifier des violations massives des droits de la personne de «menace contre la paix et la sécurité internationales», et autoriser alors une intervention armée (article 42 de la Charte des Nations unies). Il l’a fait à plusieurs reprises


Ce sont ces obstacles politiques, et notamment l’utilisation du droit de veto au sein du Conseil de sécurité, qui font que personne ne va évidemment jusqu’à prétendre que le système juridique international soit parfaitement adapté à une protection efficace des droits de la personne. Mais, malgré ses insuffisances, beaucoup d’auteurs considèrent que ce système, en son état, est sans aucun doute moins mauvais que celui qui intégrerait la généralisation d’un droit d’ingérence humanitaire.


Le principe de non intervention est le fruit d’un combat historique remporté par les Etats les plus faibles. Tout au long du xixe siècle, ils ont subi un colonialisme et un impérialisme qui aimaient eux aussi à se parer de la défense des valeurs de la «civilisation». Plus spécifiquement, l’argument humanitaire a très souvent été invoqué pour justifier des actions militaires des Etats occidentaux, à l’encontre de l’Empire ottoman, en Afrique ou en Extrême-Orient… La Charte des Nations unies n’a pas fait disparaître ces pratiques, mais au moins donnait-elle la possibilité aux Etats attaqués d’invoquer le droit pour s’opposer à la force. Si on revenait à un droit d’ingérence qui, par hypothèse, permettrait de contourner une décision de l’ONU, les Etats les plus puissants pourraient se présenter en seuls juges de ce qu’exige l’humanité: le droit serait, à nouveau, entièrement soumis à la force.


L’argument du «deux poids, deux mesures» est souvent invoqué: comment prétendre qu’une action est humanitaire si elle est visiblement soumise à des impératifs de realpolitik qui sont seuls susceptibles d’expliquer l’immunité de fait dont bénéficient certains Etats violateurs des droits de la personne les plus élémentaires? Le problème palestinien est le plus souvent cité à cet égard. On met là sans doute le doigt sur le problème fondamental du «droit d’ingérence»: son absence de définition précise. Mario Bettati (

 

voir page 59) exprime cette ambiguïté en le définissant surtout par opposition à une conception restrictive et rigoriste de la souveraineté. «Quant à l’expression “droit d’ingérence”, sans davantage de précision, elle est dépourvue de tout contenu juridique. Elle n’en acquiert un que si elle est assortie de l’adjectif “humanitaire”. Ce dernier, par la finalité qu’il assigne à l’intervention, la prive de l’illicéité dont elle est universellement attachée… Le juriste y préférera l’expression “droit d’assistance humanitaire” davantage finalisée et moins chargée de cette subjective et implicite confrontation, au demeurant erronée, avec les normes de l’anticolonialisme que sont les principes de “non intervention” et de “non ingérence”» 1.
Dans ces circonstances, il n’est guère étonnant que cette doctrine, qui peut paraître séduisante en théorie, ait mené et mène encore à de nombreux abus en pratique. Le récent exemple du Kosovo concentre sans doute en lui toute l’ambiguïté d’un «droit d’ingérence» mené, au nom de la communauté internationale, par une coalition des plus grandes puissances militaires mondiales.
1. Un droit d’ingérence?, Revue générale de droit international public, 1991, p. 644.

 

#  Mario Bettati, Le Droit d’ingérence: mutation de l’ordre international, Paris, Odile Jacob, 1996.
#
 
Mario Bettati et Bernard Kouchner, Le Devoir d’ingérence, Paris, Denoël, 1987.
#
 
Olivier Corten et Pierre Klein, Droit d’ingérence ou obligation de réaction?, Bruxelles, Bruylant, 2e édition, 1996.

Sources UNESCO

Postépar Adriana Evangelizt

(voir encadré). La plupart des opérations présentées comme des réalisations du «droit d’ingérence humanitaire» ne sont donc, si on y regarde de plus près, que des applications de mécanismes juridiques existants. Il est donc totalement erroné de prétendre que le droit international traditionnel est incompatible avec une protection efficace des droits de la personne. En réalité, le problème est le plus souvent moins juridique que politique, dans la mesure où ce ne sont pas de nouvelles règles juridiques qui permettront d’améliorer la situation, mais une meilleure utilisation des règles existantes.La souveraineté signifie en outre qu’un Etat qui a violé les droits de la personne ne pourra être traduit en justice que s’il accepte ou a accepté la compétence d’un juge. A l’exception de certains mécanismes régionaux (Cour européenne des droits de l’homme, Cour interaméricaine des droits de l’homme, par exemple), il est donc extrêmement difficile d’obtenir la condamnation d’un Etat violateur des droits humains par une juridiction internationale. Et même si on l’obtenait, rien ne garantirait l’exécution du jugement: la souveraineté s’avère incompatible avec l’existence d’une sorte de «police internationale» à l’échelle mondiale.Le concept de souveraineté mis en cause
par Adriana Evangelizt publié dans : Ingérence Humanitaire
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Samedi 7 juillet 2007

Rony Brauman : Darfour, une surenchère de déclarations catastrophistes

 

« Tous ceux qui, en France, sont pour une intervention au Soudan étaient pour une intervention en Irak, et semblent aujourd’hui totalement indifférents aux milliers de morts qu’elle a provoquée. Ils ne se posent pas de questions, maintenant c’est pour eux une espèce de fuite en avant : c’est au Soudan qu’il faut aller faire régner la paix impériale ! » Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières.

La situation au Darfour est-elle aussi catastrophique qu’on le dit ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que sur le Darfour, il y a surenchère de déclarations, d’affirmations catastrophistes, avec probablement des visées politiques. C’est tout à fait certain. On sait que la guerre à proprement parler (de 2003 à 2005) a fait au moins 200.000 morts et deux millions de déplacés.

Depuis, on est dans un tout autre régime de violence avec une mortalité qui est passée de 10.000 morts par mois à 200. Il y a désormais une constellation de groupes qui règlent leurs conflits ou ont fait de la violence leur mode de vie. On n’a plus du tout un front identifiable, avec des militaires et des insurgés, ou avec des tueurs et des civils. Aujourd’hui, parmi ces 200 morts par mois, une bonne partie sont des hommes en armes, et non pas des civils désarmés comme on le dit trop souvent.

Quelle est donc la réalité du terrain au Darfour ?

Du point de vue politique, elle s’est considérablement compliquée, parce que depuis l’accord de paix de mai 2006, on a une accélération de la fragmentation de groupes. Du point de vue de la survie, on a un dispositif d’assistance qui remplit son office. Si l’on ne meurt pas de faim dans les camps de réfugiés, c’est parce qu’il y a cette grande opération de distribution de fournitures et de vivres.

Mais si ça se relâchait, cela risquerait d’être très grave. Du point de vue de la communauté internationale, enfin, il y a un accord assez général, bien que masqué par les débats assez vifs que l’on observe en France, sur le fait qu’il faut faire pression sur les belligérants, que ce soit sur Khartoum ou sur les groupes d’insurgés. Il y a donc un certain mouvement consensuel, une mobilisation diplomatique, onusienne, humanitaire, et cela depuis plusieurs années. C’est un progrès, mais il faut le situer dans un cadre mental qui nous permet de renoncer à cette espèce de fantasme de toute-puissance occidentale. A cette idée qui veut qu’en envoyant des troupes, on va mettre au pas tout ce petit monde. Cela ne fonctionne pas comme ça.

N’y a-t-il pas justement une guerre idéologique à propos du Darfour ?

Il y a des groupes religieux, la droite chrétienne et les mouvements évangélistes américains qui ont constitué un lobby très puissant pour engager les Etats-unis dans une politique plus volontariste. Ils étaient d’ailleurs déjà derrière l’administration américaine pour défendre le sud du Soudan (chrétien et animiste).

Ils continuent. C’est une idéologie interventionniste, celle qui remet entre les mains des grandes puissances occidentales la responsabilité de faire régner l’ordre sur le monde. Tous ceux qui, en France, sont pour une intervention au Soudan étaient pour une intervention en Irak, et semblent aujourd’hui totalement indifférents aux milliers de morts qu’elle a provoquée. Ils ne se posent pas de questions, maintenant c’est pour eux une espèce de fuite en avant : c’est au Soudan qu’il faut aller faire régner la paix impériale !

Que peut-on attendre alors de la conférence du 25 juin prochain à Paris ?

Des contacts avec les belligérants, une présence diplomatique et politique constante, pour être à la fois l’accompagnateur et le garant d’un processus de négociations. Si cela peut permettre à la Chine d’entrer dans cette danse, ce sera une bonne chose. Si, en revanche, on arrive en disant que l’on va boycotter les Jeux olympiques de 2008 à Pékin, on se ridiculise et on se condamne à l’échec. Cette menace est politiquement ridicule et moralement extrêmement discutable. Ce sont des Soudanais qui tuent d’autres Soudanais, les Chinois ne sont en rien impliqués.

Aujourd’hui, quand on voit des Bernard Kouchner et des Bernard Henri-Lévy qui parlent des Chinois en Afrique comme de "prédateurs", de gens qui sont intéressés uniquement par le commerce et le profit, on comprend que, nous, quand on était en Afrique, on avait d’autres visées : on avait notre grandeur d’âme...

Propos recueillis par Karen LAJON

Sources Contre Info

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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Samedi 7 juillet 2007

 

 

Rony Brauman : les partisans de l’intervention au Darfour

 partagent l’idéologie des néoconservateurs



Durée : 12:50

 

 

Rony Brauman : les partisans de l’intervention au Darfour

 partagent l’idéologie des néoconservateurs

 

« L’idée d’une intervention militaire repose sur une représentation du conflit qui est erronée. » Rony Brauman, sur le plateau de France 24. Vidéo et transcription partielle.

 

Rony Brauman répond aux questions de Sylvain Attal pour France 24, le 20 juin 2007.

Sylvain Attal : Vous avez déclaré au Journal du Dimanche [1] que vous étiez opposé à une intervention militaire - militaro-humanitaire - parce que vous pensez qu’elle ajouterait au drame.

Rony Brauman : Oui, cette position dans le journal du Dimanche a été plus visible que d’autres, mais je l’avais déjà dit bien auparavant. L’idée d’une intervention militaire repose sur une représentation du conflit qui est erronée. Une représentation qui nous décrit le conflit comme si c’était une armée avec des milices qui venaient massacrer des populations civiles, cela selon une ligne de front qui avancerait et qui pourrait être brisée, ou en tout cas sur laquelle pourrait prendre place une force d’interposition qui viendrait défendre les civils.

Ce n’est pas du tout comme cela que ça se passe. Le Darfour est un très grand territoire, dans lequel une constellation de groupes armés circulent. Certains sont des bandits, des coupeurs de routes comme l’on dit aujourd’hui, d’autres sont des miliciens, d’autres sont des groupes armés claniques, qui se combattent les uns les autres, qui combattent le gouvernement. Il est très difficile de démêler les différents groupes là dedans.

Qui plus est, le régime de violence dont les partisans de l’intervention parlent est terminé depuis longtemps. C’était il y a trois ans. Depuis maintenant deux à trois ans, deux ans et demi, on est sur autre chose.

Q : Vous reprochez à un certain nombre d’organisations humanitaires - vous l’aviez déjà dit à propos de l’Irak - d’être au fond assujetties - pour aller vite - aux néoconservateurs américains.

R : Assujetties, non, mais partageant leur idéologie, oui.

Q : Vous leur reprochez de vouloir faire une intervention non pas pour des raisons humanitaires, mais pour des raisons idéologiques.

R : Oui, ça je le crois. Quand on en est à ce point à coté de la plaque, quand on décrit une situation aussi loin de ce que sont les réalités, il faut bien que, entre la parole et le terrain, quelque chose s’interpose. Ce quelque chose, selon moi, c’est l’écran de l’idélologie.

(...)