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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 16:39

Cet appel des intellectuels juifs "à la raison" nous fait beaucoup rire. Parce que cela ne sert strictement à rien. Qu'il y ait un BHL ou un Finkelkraut, ardents sionistes, au sein de ce groupuscule n'en est que plus parlant. Appeler qui à la raison ? Voilà la bonne question. Israël est un pays dirigé par les militaires et les services secrets qui vont chercher les ordres à Washington. Et les ordres c'est : on continue de coloniser pour créer le Grand Eretz Israël. Ils ne veulent pas de Palestine. Netanyahou n'est qu'une marionnette qui doit obéir aux ordres. Point. Donc, "l'appel à la raison", c'est un peu comme souffler dans un violon. Tout ce cinéma fait vien rigoler les tireurs de ficelle... ils feront comme bon leur semble.

 

 

 

 

 

Palestine : Appel des intellectuels juifs a la « raison »

 

Une diversion qui cache une judaïsation inexorable de ce qui reste de la Palestine

 

 

par Pr Chems Eddine Chitour

 

 

«Je me suis rendu dans les territoires palestiniens occupés et j’ai vu une ségrégation raciale qui m’a rappelé avec force les conditions que nous avons connues en Afrique du Sud à l’époque du système raciste de l’Apartheid.»

 

Desmond Tutu, Prix Nobel  (avril 2010)

 

Ce cri du coeur de Desmond Tutu, prix Nobel de la paix en 1984, n’a pas besoin d’être légitimé car venant de quelqu’un qui sait ce que l’apartheid veut dire en termes d’humiliation. L’apartheid dénoncé par Desmond Tutu est «le développement séparé de la population d’un pays, sur une base raciale ou religieuse». Il en est de même de Rony Brauman pour qui «l’actualité d’Israël et son avenir sont un Apartheid à la sud-africaine. Il souligne le fait que la vallée du Jourdain est actuellement complètement colonisée par Israël. Un "Etat palestinien" ne sera donc qu’une succession d’enclaves et l’idée israélienne est que l’Etat réel des Palestiniens sera la Jordanie. Brauman dit qu’on assiste au suicide lent d’Israël (...) par le choix de l’apartheid».(1)

 

   L’apartheid dans les faits nous est donné par une tribune écrite par Julien Salingue, Nicolas Dot-Pouillard et Catherine Samary. Ecoutons-les: «Eric Marty s’interroge, dans une tribune publiée le 21 avril sur Le Monde.fr: "Le boycott d’Israël est-il de gauche?". (...) L’argumentaire de M.Marty est aussi spécieux qu’original, et mérite un petit exercice de "sociologie littérale". L’hostilité à Israël serait le produit d’une "propagande antisémite systématique" dans les pays musulmans et d’un ´´flot paranoïaque d’imputations criminelles´´. L’antisémitisme existe et nous le combattons, ainsi que l’instrumentalisation de la cause palestinienne par des adeptes de la théorie du ´´complot juif´´. Mais nous combattons avec la même vigueur l’amalgame entre antisémitisme et critique d’Israël. Comment M.Marty interprète-t-il la récente enquête de la BBC, conduite dans 28 pays, dans laquelle seuls 19% des sondés apprécient positivement l’influence d’Israël? Une opinion mondiale otage de la propagande antisémite ou une critique partagée de la politique d’Israël? M.Marty affaiblit la lutte contre l’antisémitisme en développant lui aussi une logique du ´´complot´´ et en défendant trois des aspects les plus contestés de la politique israélienne: la construction du mur, l’attitude de l’armée à Ghaza lors de l’opération ´´Plomb durci´´, la situation des Palestiniens d’Israël.»(2)


Avec la complicité de l’Egypte

 

´´Il n’est pas vrai que la barrière, ou le mur, de séparation relève d’une politique de discrimination´´. M. Marty balaie allègrement les avis d’Amnesty International, de la Croix-Rouge ou de l’ONG israélienne B’tselem. Il fait en outre, peu de cas de l’avis de la Cour internationale de justice (juillet 2004), qui qualifiait le mur de ´´violation du droit international´´ et demandait à Israël de le ´´démanteler immédiatement´´. Selon le dernier rapport de l’ONU, le mur serpentera sur 709 km, alors que la ligne verte n’en mesure que 320. Par endroit, il pénètre de 22 km en Cisjordanie (large de 50 km). 10% du territoire palestinien est annexé de facto à Israël, dont 17.000 ha de terres auxquelles les paysans ne peuvent quasiment plus accéder. Pour la seule partie Nord de la Cisjordanie, 220.000 villageois sont affectés. M.Marty envisage qu’il y ait eu des crimes de guerre à Gaza, mais c’est, ajoute-t-il, parce que ´´la guerre est criminelle´´. Le droit international est plus exigeant, affirmant un principe que M.Marty écarte avec légèreté: tout n’est pas permis lorsque l’on fait la guerre.» «Or, les témoignages et rapports d’ONG le confirment: Israël a enfreint le droit de la guerre en déversant des bombes au phosphore blanc (considérées, y compris par les Etats-Unis, comme des armes chimiques) sur des zones densément peuplées, en empêchant le personnel médical de secourir de nombreux blessés ou en utilisant des boucliers humains. Les témoignages de soldats recueillis par l’ONG israélienne Breaking the Silence sont, à ce titre, éloquents. De surcroît, Israël, avec la complicité de l’Egypte, a bouclé la minuscule bande de Ghaza (360 km²), empêchant les civils de fuir un déluge de fer et de feu. En violation totale du droit de la guerre, le blocus se poursuit, empêchant la reconstruction et aggravant les conditions sanitaires.»(2)

 

     «Il est dès lors indécent de vanter l’humanité de l’armée israélienne pour mieux décrier le Hamas qui aurait ´´sciemment exposé les populations civiles en s’abritant derrière elles´´. (..) Argument commode qui rend le Hamas responsable des morts israéliens et palestiniens, et occulte les chiffres gênants de l’opération ´´Plomb durci´´: plus de 1400 morts côté palestinien et 13 morts côté israélien (dont quatre tués par des ´´tirs amis´´). Enfin, M.Marty affirme que les Palestiniens d’Israël (1/5e de la population) ne sont pas victimes de discriminations institutionnelles, mais sujets à des ´´inégalités conjoncturelles´´, contredisant un rapport du d états-unien, daté de 2009, qui affirme que ´´les citoyens arabes d’Israël continuent de souffrir de formes variées de discriminations´´. (...) Et que penser du fait que 13% des ´´Terres d’Etat´´, gérées par le Fonds national juif, ne puissent être cédées qu’à des juifs? Alors non, on ne peut pas dire n’importe quoi pour défendre Israël. (...) La menace de ´´l’anéantissement physique´´, premier et ultime argument de M.Marty, est l’expression la plus aboutie de cette paranoïa. Rappelons qu’Israël est la 1re puissance militaire du Moyen-Orient, la seule à détenir l’arme nucléaire et donc à avoir la capacité réelle d’anéantir un autre Etat. Dans le cas palestinien, l’argument frôle le ridicule: les Palestiniens ne possèdent ni armée, ni avions, ni tanks. La probabilité que le Hamas ´´anéantisse physiquement´´ l’Etat d’Israël est aussi élevée que celle de voir l’armée luxembourgeoise prendre le contrôle de Paris. L’instrumentalisation de la mauvaise conscience occidentale envers un anéantissement réel passé (la Shoah) sert en fait à blanchir Israël. (..)»(2)

 

    Devant cette apparente fuite en avant accélérée par le gouvernement de droite de Netanyahu, et peut-être le sentiment que le vent commence à tourner, pour l’impunité d’Israël, on entend «des appels», celui de J.Street en septembre aux Etats-Unis, mouvement qui se dresse officiellement contre l’Aipac lobby sioniste, et qui prône une politique israélienne à deux Etats. Pour ne pas être en reste, en Europe à Bruxelles le 3 mai, un appel en écho à celui américain qui regroupe toute l’intelligentsia juive européenne principalement française qui demande à Israël d’être raisonnable. Jean Daniel dans une Tribune explicative de l’Appel écrit: « En fait, c’est un cri d’alarme accompagné d’une déclaration d’amour et de fidélité. Et cela donne évidemment plus de force encore au contenu de cet appel. (...) Il n’est question ici que de l’avenir d’Israël et de sa sécurité, de son isolement possible et, à la rigueur, de sa délégitimation. (...) D’abord, parce qu’il était temps de regrouper sous une forme quelconque tous les Français juifs qui sont décidés à ne pas laisser leur représentation confisquée par une seule institution, en l’occurrence le Crif. (...) Or il y a comme une alliance objective entre les ennemis extérieurs (arabes ou iraniens) et les ennemis intérieurs (juifs israéliens ou américains) contre la sécurité raisonnablement conçue d’Israël. (...) Certains chefs militaires, qui ont la confiance de la Maison-Blanche, n’ont pas hésité à déclarer publiquement que l’absence de paix entre Juifs et Palestiniens compromettait l’efficacité du combat des troupes en Irak et en Afghanistan. Jamais, on n’était allé aussi loin. Le moment est donc bien choisi pour que les auteurs de l’appel à la raison puissent se faire entendre lorsqu’ils adjurent l’Europe et les Etats-Unis de conjuguer leurs pressions pour que, devant le danger, les Israéliens se prononcent démocratiquement en faveur de la politique des deux Etats, palestinien et israélien.»(3) Dans l’Appel on lit, notamment: «Le lien à l’Etat d’Israël fait partie de notre identité. L’avenir et la sécurité de cet Etat auquel nous sommes indéfectiblement attachés nous préoccupent. Or, nous voyons que l’existence d’Israël est à nouveau en danger (...) Si la décision ultime appartient au peuple souverain d’Israël, la solidarité des juifs de la diaspora leur impose d’oeuvrer pour que cette décision soit la bonne. (...) Nous voulons créer un mouvement européen capable de faire entendre la voix de la raison à tous. Il a pour ambition d’oeuvrer à la survie d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, laquelle est conditionnée par la création d’un Etat palestinien souverain et viable.»

 

La lecture de cet appel et le soutien de Leïla Shahid déléguée de l’Autorité palestinienne auprès de l’Union européenne, à cet appel m’a incité à apporter aussi ma voix sans avoir compris le piège du mot «Etat juif démocratique». L’explication m’a été donnée par la suite.

 

Alain Gresh analyse cet appel. Ecoutons-le: « Le 3 mai a été présenté à Bruxelles un «Appel à la raison», (....) Ce texte a suscité des réactions opposées. Nous en donnerons deux, représentatives. La première vient de Richard Prasquier, le président du Crif et a été publiée par Le Figaro (30 avril 2010), sous le titre «Contre l’appel des Juifs européens» et reproduit sur le site du Crif: «Voici longtemps que le Crif s’était prononcé en faveur du principe ´´deux peuples, deux Etats. La grande majorité des Israéliens y souscrivent, le chef du gouvernement Benjamin Netanyahu l’a publiquement annoncé. La majorité des Palestiniens, malheureusement n’y souscrivent pas.» Il reprend ainsi le point de vue d’Elie Wiesel «(...)Dans la nécessaire et difficile négociation que nous appelons de nos voeux, il ne suffira pas pour que la paix puisse s’espérer et perdurer qu’on mette un terme à des constructions qui ne gênent objectivement personne...» Vous avez bien lu, des « constructions qui ne gênent objectivement personne »...Ni les Palestiniens expropriés de leurs terres, ni ceux qui doivent contourner les colonies pour pouvoir circuler en Cisjordanie... Ils ne sont sans doute gênés que subjectivement parce que, en réalité, ils haïssent les juifs...(..) La liste des signataires de l’appel de JCall pose problème. Elle mêle un Bernard-Henri Lévy qui, sur un char israélien, entrait dans Ghaza à l’hiver 2008-2009 et un historien comme Zeev Sternhell, dont les positions ont toujours été plus déterminées et critiques de la politique israélienne. Pour sa part, Leïla Shahid, a déclaré, «A travers JCall il y a un interlocuteur pour les Palestiniens»(4)

 

   Dans une réponse contre l’Appel, l’Union juive française pour la paix écrit: « Dans cet état d’esprit, il a été lancé au niveau européen un appel "Jcall". (...) Cet appel dénonçant la colonisation ininterrompue de la Cisjordanie, il ébranle le monolithisme arrogant du Crif (...) Toutefois, l’Union juive française pour la paix ne peut apporter sa signature à ce texte ni le soutenir de quelque façon que ce soit. En effet, il se présente clairement comme une façon de faire accepter au monde un "Etat juif et démocratique" dont les Juifs du monde entier seraient par définition solidaires, un Etat démocratique pour les Juifs mais juif au regard des Palestiniens. Les Palestiniens sont les grands absents de ce texte, Ghaza n’y existe pas, le droit des réfugiés n’y existe pas, le droit de tous les habitants d’Israël à une citoyenneté complète n’y existe pas. Pire, le texte estime que la décision finale n’appartient qu’aux Israéliens, ne donnant aucune voix au chapitre aux Palestiniens. Car ses rédacteurs l’écrivent clairement, ce qui les guide c’est sauver l’existence et la sécurité de l’Etat d’Israël, c’est la crainte d’un processus de délégitimation de cet Etat. Pour l’UJFP, le peuple israélien ne peut espérer une paix durable qu’en acceptant une solution faisant droit aux revendications légitimes du peuple palestinien. Le rôle des Juifs dans le monde n’est pas d’entretenir le peuple israélien dans l’idée suicidaire que sa mission serait d’établir entre Méditerranée et Jourdain un Etat juif refuge exempté de toute obligation de respect des règles du droit international et de simple humanité à l’égard d’un peuple qu’il continue d’ignorer.»(5)

 

Pour sa part, Daniel Salvatore Schiffer sur son blog dénonce l’hypocrisie des intellectuels juifs: « L’«Appel à la Raison»: tel est le nom que les initiateurs, (...)pour la paix au Proche-Orient ont donné, au grand dam, notamment du Crif à une pétition osant critiquer publiquement la politique étrangère actuellement menée, au vu de ses colonisations en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, par Israël. Soit. Jusque-là, rien à redire, pour ma part, même si une tout aussi légitime contre-pétition, intitulée «Raison Garder» (..) a aussitôt vu le jour, attribuant, quant à elle, la responsabilité de l’échec du processus de paix aux seuls Palestiniens. Mais ce qui frappe, en revanche, dans la première pétition, lancée donc par le Jcall c’est que, parmi ses signataires, se retrouvent également, toutes tendances politiques confondues et par-delà tout clivage idéologique, des noms (outre ceux d’Elie Barnavi, de Daniel Cohn-Bendit ou d’Ivan Levaï) tels qu’Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy, ardents et même inconditionnels défenseurs, jusque-là, d’Israël ». 



«Ne touchez pas à mon Israël»

 

  « Car, en ce qui concerne ces deux derniers, on ne les entendit guère, sauf pour justifier envers et  contre tout Israël, lorsque Tsahal bombarda de façon disproportionnée, durant l’été 2006, le Sud Liban pour se protéger des roquettes lancées sur son territoire par les fanatiques du Hezbollah. C’est d’ailleurs là ce qui me poussa à écrire, le 20 juillet 2006, un article intitulé, précisément, L’assourdissant silence des intellectuels, papier où je faisais alors allusion notamment, quoique sans jamais les y mentionner nommément, à un Finkielkraut et à un Lévy! (...) Mais, surtout, comment concilier, logiquement et sans contradiction aucune, cette tardive prise de position de la part de Bernard-Henri Lévy, artisan là d’un énième virage de cuti, avec ce qu’il clame, par exemple, en ses récentes Pièces d’identité et, plus exactement encore, dans sa partie ayant pour très emblématique titre Le génie du judaïsme, dès lors qu’il y prône un Etat d’Israël essentiellement «intouchable», comme un absolu ontologiquement exempt de toute possible critique, fût-elle des plus rationnelles, et y défend même, à l’instar de ce qu’il soutenait déjà dans son plus ancien Testament de Dieu, la très audacieuse thèse d’un judaïsme doté d’une primauté métaphysico-théologique par rapport à ces deux autres monothéismes que sont, historiquement, le christianisme et l’islam? ». (6)

 

Où en sommes-nous après les remous calculés et les pétitions et contre-pétitions programmées pour donner l’illusion d’un débat qui n’est plus monolithique mais qui au fond, ne change rien à l’affaire. On dit que les pays de la Ligue arabe ont approuvé le 1er mai la tenue de «discussions de proximité». Abou Mazen négociera jusqu’à la prochaine provocation d’Israël qui sera en définitive adoubée par l’Occident. Jusquà quand?


Notes

1. http://www.dailymotion.com/video/xd75x1_rony-brauman-critique-severement?start=1  

2. J.Salingue, N.Dot-Pouillard, Peut-on tout dire pour défendre Israël? Le Monde 27.04.10

3. Jean Daniel: Pour sauver Israël. Le NouvelObs. 2010-04-30

4. Alain Gresh JCall, analyses d’un appel http://blog.mondediplo.net/05-05.-2010

5. Union juive française pour la paix: JCall appelle à la raison: quelle raison? 29.04.2010.

6. Daniel Salvatore Schiffer: Israël, les intellectuels et la raison Agoravox 3 mai 2010

 

Pr Chems Eddine ChitourEcole Polytechnique enp-edu.dz


 Articles de Chems Eddine Chitour publiés par Mondialisation.ca

 

Sources Mondialisation CA

 

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : Lobby sioniste
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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 16:23

 

 

 

 

 

Flottille à Gaza : Paris exige la libération immédiate des huit français détenus en Israël

 

 

François Fillon a exigé, mardi 1er juin, la "libération immédiate" des huit français détenus en Israël après l’assaut par l’armée d’une flottille convoyant de l’aide humanitaire vers Gaza. Le premier ministre a par ailleurs demandé qu’Israël permette à l’aide humanitaire de parvenir "sans contrainte" dans le territoire palestinien, soumis à un blocus condamné par une résolution de l’ONU. (Reuters)

 

Sources : AFP

 

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : FRANCE/ISRAEL
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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 15:48

 

 

 

L'UE et la Russie réclament la fin du blocus de Gaza

 

 

 

 

L'Union européenne et la Russie ont conjointement condamné mardi l'assaut meurtrier mené la veille par des commandos israéliens contre une flottille à destination de la bande de Gaza et réclamé l'ouverture du territoire palestinien.

 

 

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, le président russe Dmitri Medvedev et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso (de gauche à droite), lors du sommet annuel Union européenne-Russie. Les deux puissances ont conjointement condamné mardi l'assaut meurtrier mené la veille par des commandos israéliens contre une flottille à destination de la bande de Gaza et réclamé l'ouverture du territoire palestinien. (Reuters/RIA Novosti/Kremlin/Mikhail Klimentyev)

 

 

 

Dans une déclaration commune adoptée lors du sommet annuel entre les deux puissances, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le Haut Représentant de l'Union européenne, Catherine Ashton, exigent par ailleurs une "enquête complète et impartiale" sur le déroulement des événements.

 

"Les pertes en vie humaine sont irréparables et absolument injustifiées", a dit le président russe Dmitri Medvedev lors de la conférence de presse de clôture.

 

Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, a estimé pour sa part que ces décès, neuf selon l'armée israélienne, étaient "inexplicables".

 

"Nous déplorons la perte de vies humaines, condamnons l'usage de la violence et réclamons une enquête immédiate, complète et impartiale", a-t-il dit.

 

"Je demande qu'une solution durable soit trouvé pour la situation dans Gaza", a-t-il ajouté.

 

La déclaration commune adoptée par la Russie et l'Union européenne va plus loin, qui réclame "l'ouverture immédiate des points de passage à la circulation de l'aide humanitaire, des marchandises et des personnes en provenance et à destination de Gaza".

 

La bande de Gaza, que les islamistes du Hamas contrôlent depuis juin 2007, est soumise à un blocus de l'Etat hébreu, qui administre les points de passage permettant l'accès au territoire côtier.

 

Dans la nuit, le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné les "actes" qui ont conduit à la mort de civils durant cette opération et réclamé une enquête "rapide, impartiale, crédible et transparente" sur l'incident.

 

Sources L'Express

 

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : ISRAEL ET LE MONDE
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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 12:32

 

 

 

 

Rony Brauman: "La politique Israélienne ne s'inscrit que dans un rapport de force" 

 

 

 

 

 

La parole à Ronny Brauman, fondateur de Médecins sans Frontières et auteur de "Humanitaire, diplomatie et droits de l'homme" (Edition du Cygne).

 

Que vous inspire le raid israélien contre ce convoi humanitaire ?

 
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'usage de la force a été disproportionné, même s'il y avait quelques couteaux et objets contendant, apparemment portés par des passagers de ce convoi. L'envoi d'un commando héliporté dans les eaux internationales à quelque chose de révoltant, et confirme l'impression que l'on a qu'Israël ne sait plus parler un autre langage que celui de la force.

 

Craignez-vous des incidences sur le plan diplomatique à la suite de cette attaque ?

 
J'espère qu'il y aura des répercussions sur le plan international. L'isolement d'Israël vient de se confirmer un peu plus avec la perte de son allié historique qu'était la Turquie. Je note que cette attaque intervient peu après l'entrée de l'Etat Hébreu dans l'OCDE, une nouvelle qui avait été accueillie comme gage de démocratie par les observateurs internationaux.
J'espère cependant
qu'Israël sera fermement rappelé à l'ordre. La politique Israélienne ne s'inscrit malheureusement que dans un rapport de force. Il ne faut pas oublier que le ministre des affaires étrangères, Avigor Lieberman, est l'homme qui a appelé au bombardement nucléaire de Gaza, et a l'attaque de l'Iran. Cela suit une ligne politique qui a cours depuis de nombreuses années en Israël, à l'exception de celle prônée par Rabin, qui fut sans doute la seule embellie de ces quarante dernières années.

 

Les Etats-Unis ont toujours été un partenaire privilégié d'Israël. Que peut faire Obama ?


J'ai envie de croire qu'Obama va forcer Israël à sortir de cette logique de conflit. Je dis que j'ai envie d'y croire car dans la pratique, le discours américain d'aujourd'hui se situe dans la lignée des précédentes administrations : soit un soutien militaire et stratégique qui ne s'est jamais démenti.
Or, je pense que c'est précisément ce soutien américain qui maintient Israël dans cet état d'ébriété permanente de victoire et de domination militaire. Va-t-on assister à un retournement de situation ? J'en doute autant que je l'espère. Pourtant Barack Obama a prononcé des mots forts. Il est sans doute plus réceptif aux arguments palestiniens.

Et la France ?


Pendant toute la première partie de sa prise de fonction au Quai d'Orsay, Bernard Kouchner a été salué comme un "grand ami d'Israël", qui comprenait les préoccupations de l'Etat Hébreu. Au moment de l'offensive de Gaza, on ne peut pas dire que la France se soit particulièrement distinguée pour son combat pour la liberté des populations palestiniennes. Aujourd'hui, Sarkozy et Kouchner ont tous deux condamné le raid Israélien, il se peut donc que l'on assiste a une inflexion de la politique française. Il faut que cela se confirme dans le temps.
 

Sources Metro France

Posté par Adriana Evangelizt  

 

 

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : ISRAEL POLITIQUE SIONISTE
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Mardi 4 décembre 2007 2 04 /12 /Déc /2007 15:03

 

 

Entretien avec Rony Brauman



par Bahar Makooi



L’analyse de Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières (MSF), une des principales ONG françaises dans le monde. Ce médecin et intellectuel engagé se montre de plus en plus critique vis-à-vis de certaines dérives de l’humanitaire. Il y a quelques mois déjà il avait tiré la sonnette d’alarme en en reprochant à Bernard Kouchner, fondateur de MSF et actuel ministre des Affaires étrangères d’avoir dramatisé la situation au Darfour et mis en avant le « droit d’ingérence ».
 

L’affaire de l’Arche de Zoé révèle-t-elle les limites de l’humanitaire ?

 

Cette affaire montre que la morale, l’indignation ne sont pas suffisantes pour guider l’action humanitaire. Elle rappelle qu’il y a des normes juridiques qui règlent l’action humanitaire, le droit international mais aussi le droit national des pays dans lesquels interviennent ces ONG. Décider de violer ces normes juridiques est un acte grave qui doit être réfléchi et justifié. Si il y a un grand carnage et que des frontières s’opposent au passage des secouristes pour sauver des vies, on comprend que ces frontières soient franchies de manière illicite même si c’est une infraction à la loi.

 

Justement, vous avez reproché à certains intellectuels français et notamment à Bernard Kouchner d’avoir exagéré la situation au Darfour et d’avoir une responsabilité morale dans l’affaire de l’Arche de Zoé ?

 

Ce que je leur reproche c’est d’avoir décrit une situation, où en effet le terme de génocide avec bien d’autres choses contribuait à dramatiser l’évènements, à faire croire que les violences contre les civils constatées pendant les six premiers mois de cette guerre restent toujours au même niveau d’intensité, que personne ne fait rien, que la population est donc livrée pieds et poings liées à ses bourreaux. Il y a là une méconnaissance voulue et dramatisée de l’énorme dispositif de l’aide internationale qui s’est déployée au Darfour et au Tchad.

 

Pensez-vous que leurs idées aient pu influencer les membres de l’Arche de Zoé ?

 

Quand on met en avant le côté dramatique voir « hyper sanglant » d’une situation et qu’on fait mine de constater que personne ne s’y intéresse, qu’on fait des meetings, qu’on organise des semaines de sensibilisation pour les médias…Tout cela est destiné à faire penser que personne ne fait rien et qu’il faut se mobiliser. Ces affirmations sont très problématiques et semblent être en relation avec ce qu’on fait les gens de l’Arche de Zoé.

Il y a des comportements qui peuvent être des comportements impérialistes, dominateurs, paternalistes dans le monde de l’aide. Je suis bien conscient de cela, je partage le ressentiment d’un certain nombre d’africains. Mais dans l’affaire de Zoé comme dans bien d’autres c’est bien plus le fait que ce soit des enfants que le fait que ce soient des africains qui a motivé cette initiative intempestive.

 

Concernant ces comportements « paternalistes » chez les humanitaires, faites vous la différence entre les ONG et les institutions comme l’Unicef ?

 

Pas nécessairement. Il peut y avoir des comportements qui sont colonialistes de la part de membres d’une agence des Nations unies comme l’Unicef, mais aussi de la part de membres d’ONG.

L’internalisation du personnel est une solution à cela. Elle évite ce type de comportements. Et ça c’est vrai aussi bien pour les Nations unies que les ONG. Pour sortir de visions culturalistes étriquées et très mauvaises conseillères, comme pour élargir le domaine des compétences auxquels ont fait appel.

J’espère que l‘Arche de Zoé va servir de leçon aux gens qui croient que seule leur vision de choses, seule leur indignation compte. Il faut de l’émotion pour agir, mais si on s’en tient à sa propre émotion on fonctionne dans une sorte d’égoïsme sublime qui est catastrophique.


Sources
Marseille Solidaire

Posté par Adriana Evangelizt



Par Adriana Evangelizt - Publié dans : Prises de positions de Rony
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Mardi 27 novembre 2007 2 27 /11 /Nov /2007 16:58

Un résumé détaillé du livre de Yakov M. Rabkin pour bien comprendre ce que le Sionisme a fait du Judaïsme et des Juifs...




Torah, sionisme et anti-sionisme

 

par Osée Kamga

 

B.A., M.A., Ph.D. (UQAM), professeur en communication à l'Université de Sudbury, Ontario, Canada, membre de Tolerance.ca®

 

Comment prend forme l'idée d'un État juif en Palestine? Qu'est-ce qui nourrit le nationalisme juif? Comment procèdent les sionistes? Yakov M. Rabkin fait le tour de ces questions dans son ouvrage Au nom de la Torah Une histoire de l'opposition juive au sionisme (PUL, 2004), mais il ne s'arrête pas là. Comme le sous-titre de son ouvrage l'indique, il s'agit surtout de retracer l'opposition juive au sionisme, laquelle se légitime par la Torah.


Un nationalisme sur fond de frustration


Rabkin met largement en évidence le rôle joué par les Juifs de Russie dans l'avènement de l'État d'Israël et la Russie apparaît d'ailleurs comme le berceau du nationalisme juif. Ce qui nourrit ce nationalisme c'est, plus que tout autre chose, le sentiment de frustration. On est au tournant du XX
e siècle. Hautement sécularisés, les Juifs qui tentent leur intégration dans la société russe ressentent pourtant un certain rejet. Ils sont installés en Russie depuis des générations, ont adopté le mode de vie russe et leur pensée s'est largement sécularisée. Pourtant, ils sont encore considérés comme des citoyens de second rang, malgré quelques progrès significatifs sur le plan sociopolitique.

Puis il y aura les pogroms qui, couplés à l'affaire Dreyfus en France, viendront saper les espoirs d'intégration et désillusionner les plus optimistes. Rabkin écrit : « Aux origines du sionisme se trouve le sentiment de honte, de dignité insultée. » Autrement dit, ce n'est pas la peur de la persécution ou la douleur des souffrances, mais bien un orgueil blessé, le constat de l'impossibilité de devenir un Européen à part entière, qui éveille l'élan nationaliste juif.

La colère envers le système qui les rejette ainsi attise dans des cercles juifs une fierté réactionnaire : « Le motif de l'orgueil y fait son apparition dans un sens nouveau. […] Le romantisme héroïque, en rupture avec la tradition juive, s'installe dans ces nouveaux milieux juifs. » Un romantisme héroïque qui donne naissance au terrorisme politique à l'œuvre dès les premières heures du mouvement sioniste.

En fait, à en croire Rabkin, l'intolérance et le terrorisme sont constitutifs du mouvement sioniste, parce que « les sionistes considèrent illégitime toute opposition à leur projet politique. Ils peuvent tolérer tant bien que mal des dissensions tactiques au sein du mouvement mais pas une opposition de principe au projet sioniste. Cette intolérance légitime la violence. »

C'est dans cette optique que prend place « le premier assassinat politique en terre d'Israël », soit le meurtre de Jacob Israël De Haan, activiste politique, indigné contre la tournure violente qu'empruntait le mouvement sioniste. Cet assassinat prive alors le mouvement anti-sioniste juif de son porte-flambeau le plus redoutable, puisque De Haan avait des relations influentes sur le plan international et entendait mettre sur pied une organisation capable de faire contre-poids au mouvement sioniste encore embryonnaire.

L'usage de la violence deviendra la règle dans le mouvement sioniste, et le recours aux actes terroristes se fera systématique dans ses organisations armées, soudées « par la conviction qu'il faut inculquer la peur, terroriser l'adversaire pour que triomphe le projet national. » Comme dirait Machiavel, « il est beaucoup plus sûr de se faire craindre ». Rabkin de souligner que « c'est, ironiquement, cette même approche qu'adoptent avec le temps les terroristes palestiniens. »

Dans son analyse, Rabkin évoque le machiavélisme du mouvement sioniste qui doit être à la mesure de l'ambition pour parvenir au succès du projet. Il faut rappeler le caractère singulier de l'objectif qu'est la création de l'État d'Israël : sa réalisation a besoin d'une terre, d'une population et d'une identité. Le choix de la Palestine est tout indiqué, puisqu'il s'agit de terres ancestrales sur lesquelles, par ailleurs, vivent de très anciennes communautés juives, bien que numériquement insignifiantes.

Le
peuplement, quant à lui, doit se faire par la colonisation. Les Juifs, dispersés dans le monde depuis la destruction du second Temple et la déportation romaine en l'an 70, constituent le creuset où doit puiser le sionisme dans la perspective de l'État envisagé. Le problème : deux mille ans d'isolement n'auraient su garder l'homogénéité identitaire.

Autrement dit,
la diaspora est idéologiquement et culturellement fragmentée. La langue des ancêtres, l'hébreu en l'occurrence, va pratiquement disparaître pour n'être désormais pratiquée que dans des cercles érudits, par des rabbins versés dans l'interprétation et l'enseignement de la Torah.

Les défis qui attendent le mouvement nationaliste se résument ainsi : « 1) transformer l'identité transnationale juive centrée sur la Torah en une identité nationale à l'instar d'autres nations européennes; 2) développer une nouvelle langue vernaculaire, soit une langue nationale, fondée sur l'hébreu biblique et rabbinique; 3) déplacer les Juifs de leurs pays d'origine vers la Palestine; et 4) établir un contrôle politique et économique sur la Palestine. »

Ce qui est frappant, c'est de voir jusqu'où, du moins selon certains intellectuels juifs, les sionistes pouvaient aller aussi bien pour favoriser la colonisation que pour créer une identité nationale. On a déjà souligné le terrorisme dirigé contre les Juifs considérés comme « traîtres ». Il faut y ajouter l'agression envers les Palestiniens qu'il fallait alors éliminer, soit « ouvertement » par la force, soit « sous les voiles d'une rhétorique mensongère », notamment en créant chez le colon un sentiment d'insécurité, en construisant une identité juive basée sur la menace arabe.

La Shoah

Outre cette réalité, Rabkin affirme que
plusieurs autorités rabbiniques font porter la responsabilité de la Shoah aux sionistes. C'est que, dans les années 1930, nombre d'organisations juives liées au sionisme se seraient ouvertement mobilisées contre les politiques discriminatoires en Allemagne nazie, se servant des journaux ou de la force du boycott pour exprimer leur mécontentement. Toutefois, nombre d'autorités rabbiniques pensent que loin d'apaiser le régime de Hitler, cette « mobilisation anti-allemande dont les Juifs constituent clairement l'avant-garde » va « [provoquer] la rage du dictateur. » Mais il y a pire : les sionistes auraient compris très intuitivement que l'image de victime servirait leur cause. Ils auraient alors
saboté, à dessein, les efforts de sauvetage des Juifs un peu partout en Europe.

Selon des sources retracées par Rabkin, les sionistes espéraient un grand nombre de victimes afin d'avoir le droit « d'exiger un État. » L'esprit de l'holocauste était ainsi récupéré à des fins séculières. Il faut rappeler que les sacrifices prescrits par la Torah étaient des sacrifices propitiatoires. Et le fidèle, en s'y soumettant, reconnaissait qu'il était pécheur. Cependant, le sacrifice consenti par la pensée sioniste servait, non pas à expier les fautes telle que le veut la tradition juive, mais plutôt à légitimer la revendication d'un État. On attribue à Ben Gourion lui-même les propos suivants : « Si je savais qu'on pouvait sauver tous les enfants juifs en les faisant passer en Angleterre, mais la moitié seulement en les transférant en Palestine, je choisirais cette deuxième option, parce que ce qui est en cause n'est pas seulement le sort de ces enfants, mais également le destin historique du peuple juif. »

Après la catastrophe, les sionistes, selon Rabkin, mettront à profit l'argument de victimes pour justifier aux yeux de la communauté internationale la nécessité d'un État juif, seul lieu, dans leur perspective, où les juifs se sentiraient en sécurité. « Tous les critiques accusent les leaders sionistes de s'être souciés d'un futur État plutôt que du sort que subissaient les juifs dans les camps d'extermination. », écrit-il. Aujourd'hui encore, la Shoah demeurerait un précieux outil de manipulation pour les dirigeants politiques d'Israël, puisqu'elle servirait à « étouffer [les] critiques et à générer une sympathie pour l'État, présenté comme l'héritier collectif de six millions de victimes. »

Une autre manœuvre troublante du mouvement nationaliste se jouerait autour de la langue. On le sait, la langue constitue un des éléments cruciaux qui fondent l'identité collective. Bien que les colons, majoritairement d'Europe centrale et orientale s'expriment en yiddish, les leaders sionistes ont décidé de faire de l'hébreu la langue officielle du nouvelle du futur État, question de « fonder une continuité » historique.

Le pari de « prendre la langue des rabbins et d'autres intellectuels afin de l'adapter à l'usage en société » réussira;
mais à quel prix ? s'interroge l'auteur. Les sionistes, soutient-il, s'inspirent des modèles de rééducation en vigueur dans le système soviétique, en s'attaquant à l'intégrité identitaire des immigrants pieux. Les enfants sont arrachés à leurs parents et placés dans des camps isolés où l'on entreprend de les laïciser pour en faire de « vrais Israéliens ». Rabkin rapporte la description des camps telle que faite par un parlementaire israélien : « Je ne puis employer d'autres termes pour décrire la situation dans ces camps que ceux de contrainte spirituelle et d'inquisition contre la religion juive. Je ne vois rien d'autre dans ce qui est fait dans ces camps qu'un meurtre culturel et religieux des tribus d'Israël. »

D'une manière étonnante, ces modèles psychologiques et culturels de contrôle social rappellent les totalitarismes aussi bien soviétique qu'allemand. De plus, pour prolonger indéfiniment leur prétendue rééducation, Rabkin soutient que les autorités israéliennes n'hésiteront pas, à l'occasion, de prétendre que les enfants sont morts, subterfuge que les parents découvriront seulement des années plus tard. La véritable raison de cette rééducation, c'est, plus que l'apprentissage de la langue, l'inculcation chez le jeune immigrant d'une idéologie nouvelle, d'une personnalité nouvelle. Ce qui fait dire à Rabkin que la victoire de l'hébreu sur le yiddish n'est pas une victoire d'une langue, mais plutôt d'une idéologie qui refuse l'exil et songe à créer « un nouvel homme hébreu. »

Sionisme, anti-sionisme et Torah

Pour Rabkin,
le sionisme s'inspire des nationalismes ambiants en Europe et de l'International bolchevique, il se nourrit de frustration et veut se légitimer par la pensée messianique. C'est ici que le bât blesse : récuser la tradition et le passé tout en les évoquant comme base de légitimation.


C'est que, d'une part, le mouvement sioniste est séculier et sa méthode, c'est la force. Ben Gourion est persuadé que l'usage de la force est la seule méthode possible pour la création de l'État : « nous devons aller de l'avant, conscient de notre situation politique, conscient des relations de pouvoir, de la force de notre peuple ici et à l'étranger. » Le soutien qu'il espère à l'intérieur comme à l'extérieur de la Palestine est politique et militaire et non spirituel.

D'autre part, les sionistes tentent de s'accréditer par les références exégétiques judaïques. En l'occurrence, l'écrivain Jabotinsky, récupère la figure héroïque du Samson de la Bible et de sa victoire sur les Philistins, pour fonder une philosophie politique reposant sur la force. Qui plus est, la pensée messianique du rassemblement des juifs à Sion, entendez Jérusalem, est souvent mise de l'avant. Autrement dit, ce dont les antisionistes attendent la réalisation par l'avènement du Messie, les sionistes, eux, l'accomplissent par la puissance politico-militaire. En quelque sorte, ceux-ci ont « levé l'idole du nationalisme […] dans le palais de Dieu. »

L'argument anti-sioniste c'est donc la tradition judaïque articulée autour de la Torah. Pour les anti-sionistes, ce que leur lègue Dieu à travers Moïse, c'est la Torah et non la terre. Dans cette perspective, l'État apparaît plutôt contingent, puisque « la vie du peuple juif transcende le cadre étatique. »

Sur divers plans,
le sionisme tranche aussi bien avec la tradition talmudique qu'avec les préceptes de la Torah. Contrairement à l'entreprise sioniste, la tradition judaïque fait l'éloge de la paix et de la cohabitation pacifique. Puisque l'exil est pour elle la conséquence des transgressions faites à la Loi, la contrition et le retour à Dieu constituent alors la condition absolue de la restauration promise. Tandis que la tradition judaïque prêche la commisération, la pensée étatique la dénie. Rabkin note que « les survivants arrivés en Israël après la Shoah y rencontraient du dédain, voire de l'hostilité. » Tandis que les sionistes voient dans la Shoah le résultat d'une faiblesse militaire, leurs adversaires y perçoivent les termes d'une punition divine. Même tragédie donc, mais qui donne lieu à deux lectures fort différentes dans les rangs juifs.


Un texte éclairant, mais quelque peu biaisé

Si le sionisme est un mouvement bien connu, l'anti-sionisme qui l'accompagne dès ses débuts, l'est moins. Et pour cause, l'ostracisme systématique dont ont été frappés les antisionistes juifs, ces derniers étant bien souvent taxés d'anti-sémitisme. Rabkin note que « dans la diaspora, le consensus actuel rend toute remise en question du sionisme suspecte» Il estime que le débat entourant la création et l'existence même d'Israël a longtemps souffert d'une amputation, tronqué d'un volet essentiel à sa saine évolution. Pour lui, il est temps de faire place ouvertement à l'argument des antisionistes, de lever cette censure à peine tacite qu'il subit dès l'aube du mouvement sioniste, c'est-à-dire depuis l'assassinat de De Haan.

L'ouvrage de Rabkin est éclairant. On y ressent une juste précaution terminologique où l'auteur replace chacun des concepts clés dans un contexte de signification. On peut clairement discerner qu'être Israélien et être Juif ne sont pas synonymes, que le concept d'Israélite est spécifique à une époque en France et désigne le Juif qui garde allégeance au judaïsme, que la notion de peuple d'Israël ne saurait se détacher de sa dimension messianique. On apprend, par ailleurs, qu'antisémitisme et sionisme, au tournant du XXè siècle en Europe sont « conceptuellement compatibles », puisque les antisémites d'alors, soucieux de se débarrasser du Juif, se montraient largement favorables au sionisme. On y découvre par dessus tout, non sans intérêt, le caractère tranchant du discours antisioniste.

Un ouvrage historiquement instructif donc. Cependant, on ne peut s'empêcher d'en interroger l'objectivité.

Il faut le souligner : Rabkin mentionne que
même les fouilles archéologiques en terre d'Israël ont été idéologiquement orientées pour servir la cause nationaliste. S'il est possible de manipuler une science réputée dure, il le sera certainement davantage pour la science historique qui repose, dans une large mesure sur l'interprétation.


On remarque dans l'ouvrage de Rabkin une forte propension à la documentation antisioniste. Les personnages interviewés sortent souvent des mouvements antisionistes; les documents consultés, notamment ceux qui servent à accréditer l'exploitation de la Shoah par les sionistes, sont repérés dans les cercles antisionistes.

Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'en tirer des conclusions hâtives. Il faut toutefois le souligner : dès le choix des sources documentaires peut se glisser le geste idéologique. Pour le reste, la question juive, comme l'appelait Marx, trouve ici le moyen de s'actualiser, avec grande sincérité et beaucoup d'élégance.

Yakov M. Rabkin, Au nom de la Torah. Une histoire de l'opposition juive au sionisme, PUL, 2004, 274p.

Yakov M. Rabkin est professeur au département d'histoire de l'Université de Montréal. Parmi ses publications, on retrouve
Diffusion of New Technologies in Post-Communist World. Dodrecht: Kluwer, 1997. Il est aussi co-éditeur avec I. Robinson de Interaction of Scientific and Jewish Cultures in Modern Times
. New York: Edwin Mellen Press, 1995.

http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=82&L=fr

 

 

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : Le Sionisme
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Mardi 27 novembre 2007 2 27 /11 /Nov /2007 14:33

Les gesticulations de BHL sont normales. A part du révisionnisme, de l'antisémitisme pour aller dans la voie sioniste et pro-israélienne, de quoi peut-il nous parler ? De rien.

 

Bernard-Henri Lévy dénonce les "révisionnistes"
 au sujet du Darfour

 

Bernard-Henri Lévy a violemment dénoncé les "révisionnistes" français qui, selon lui, minimisent les massacres au Darfour, en recevant lundi soir à Madrid un prix de journalisme pour des reportages dans cette région du Soudan.

 

Le philosophe français a exprimé cette opinion alors qu'il recevait le prix "Reporter 2007" décerné par le quotidien conservateur madrilène El Mundo.

"Il y a à Paris une petite clique de révisionnistes qui ont commencé à relativiser, à banaliser, à nier ce qui se passe au Darfour", a-t-il déclaré à cette occasion à l'AFP.

"Ils pensent qu'un état du tiers-monde comme le Soudan ne peut pas être tout à fait assassin et que des victimes soutenues par l'opinion publique américaine ne peuvent pas être vraiment des victimes", a-t-il ajouté.

Bernard-Henri Lévy a identifié précisément parmi ces "révisionnistes" l'ancien président de Médecin sans frontières (MSF) Rony Brauman, ainsi que les responsables du mensuel le Monde Diplomatique.

"Ils font un sale travail d'insulte aux morts du Darfour", a-t-il ajouté sur un ton particulièrement véhément, au sujet d'un conflit qui a fait, selon l'ONU, 200.000 morts depuis février 2003, un chiffre que ne reconnaît pas Khartoum.

Rony Brauman avait estimé fin octobre que M. Lévy avait une "responsabilité morale" dans l'affaire au Tchad de l'Arche de Zoé (qui affirmait vouloir sauver des enfants du Darfour), pour avoir "installé l'idée" que ce qui attendait "immanquablement" les habitants du Darfour "c'était la mort".

C'est une "polémique indécente", a ensuite déclaré le philosophe français en recevant sa distinction, un des "Prix internationaux de journalisme" décernés chaque année par El Mundo.

Le philosophe espagnol Fernando Savater, connu notamment pour sa dénonciation du terrorisme au Pays Basque espagnol, a été également distingué lundi soir par El Mundo.

Sources 
Jeune Afrique 

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Adriana Evangelizt

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Jeudi 22 novembre 2007 4 22 /11 /Nov /2007 21:31

 

 

Rony Brauman (ex-MSF) dénonce la responsabilité morale de Kouchner


Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, a estimé mardi sur RTL que les membres de l'Arche de Zoé "croyaient sincèrement qu'ils allaient sauver des enfants menacés de façon imminente" par un génocide, "idée installée par Bernard Kouchner et Bernard-Henri Lévy".

 

Pour l'ancien président de MSF "et comme la quasi totalité des organisations humanitaires qui oeuvrent au Darfour, on ne constate pas qu'il y a une guerre génocidaire, c'est-à-dire l'avancée d'une machine qui broie les vies à mesure qu'elle progresse sur son chemin".

 

Mais, a ajouté Rony Brauman, "c'est l'idée qui a été installée en particulier par Bernard Kouchner et Bernard-Henri Lévy, un certain nombre de personnalités qui, fortes de leur statut moral, ont installé l'idée" que ce qui attendait "immanquablement" les habitants du Darfour "c'était la mort".

 

Pour ce spécialiste de l'humanitaire, "il suffit d'aller sur le site de L'Arche de Zoé pour voir qu'ils parlent de plus de 800.000 enfants qui vont mourir d'ici la fin de l'année, des chiffres accablants, écrasants, qui suscitent, forcément, chez les uns et les autres, des vocations de sauveteurs".

 

"Quand vous êtes un sauveteur dans ces conditions-là, vous êtes nécessairement un sauveteur intempestif", a conclu M. Brauman.

 

Pour autant, il juge "la réaction" des pouvoirs publics "disproportionnée". "Ces gens sont fautifs et il est normal qu'ils soient mis en accusation devant la justice", mais a-t-il observé, "ils n'ont fait que tenter de sauver des enfants qui leur semblaient être en danger de mort".

 

SourcesWebmember

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : Prises de positions de Rony
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Jeudi 22 novembre 2007 4 22 /11 /Nov /2007 21:12

La colère de Rony Brauman ex-president de MSE...


«Ils ont cru BHL et Kouchner»



Le Nouvel Observateur.
-
Quel jugement portez-vous sur l'action de l'Arche de Zoé ?

Rony Brauman. -Je la condamne sans réserve, même si je crois volontiers que ces gens étaient convaincus de la justesse de leur mission. Ce genre de pratique n'est d'ailleurs pas exceptionnel. Ce qui est nouveau ici, c'est le caractère spectaculaire et l'ampleur de l'action projetée. J'ai déjà vu débarquer dans des camps de réfugiés soit des intermédiaires agissant pour des parents en attente d'adoption, soit des trafiquants. La sincérité des familles n'était pas du tout en question, même si la frontière entre intermédiaires et trafiquants n'était pas toujours très nette. Mais ces familles confondent trop souvent le sort de ces enfants avec l'amour et la protection qu'elles ont envie de leur offrir. Les enfants en situation difficile concentrent sur eux d'énormes affects qui peuvent vite prendre une allure emballée. Si, en plus de cela, des autorités intellectuelles et morales affirment que ces enfants ne sont pas seulement vulnérables mais condamnés à mort, que personne ne fait rien pour eux, il ne faut pas s'étonner que surgissent des vocations de secouristes intempestifs.

N. O.-
Laction humanitaire ne s'est-elle pas construite sur le droit d'enfreindre les règles lorsque la vie d 'autrui est enjeu ?

R. Brauman. - C'est vrai. Elle s'inscrit dans cet héritage-là. Mais, historiquement, la notion de transgression est davantage présente dans le discours que dans la pratique. Je rappelle que les secours d'urgence au Biafra, récit fondateur de rhumanitaire contemporain, ont été menés par la Croix-Rouge internationale, qui ne se situe pas dans la catégorie des francs-tireurs. Si courageuse qu'elle ait été, cette opération n'était nullement une violation de souveraineté. Dans l'action humanitaire, il y a des règles. On peut contester des fois, mais on ne peut pas faire comme si elles n'existaient pas. En l'occurrence, ce groupe a décidé qu'il n'y en avait pas, en invoquant ce que certains, je pense a BHL et a Bernard Kouchner, disaient de la situation. De fait, si une machine génocidaire était en marche au Darfour, comme ils le prétendaient, cette exfiltration serait plus que défendable. Il y a des situations d'exception qui justifient qu'on viole les lois.

N. O. -Vous aussi, vous avez commis des actes «illégaux» quand vous l'avez jugé nécessaire.

R. Brauman. - Et je le revendique ! Pour intervenir en Afghanistan ou dans d'autres régions contrôlées par des guérillas, Médecins sans Frontières et d'autres ont dû franchir clandestinement des frontières. Je l'ai fait à plusieurs reprises. Dans l'affaire qui nous occupe, on s'affranchit non pas seulement de la règle, mais aussi et surtout du réel. En inventant l'existence de dizaines de milliers d'enfants soudanais abandonnés, promis à une mort certaine, ce qui est faux. Ou encore en affirmant que le drame du Darfour est oublié de tous, alors qu'il y a des milliers de personnes à pied d'oeuvre dans les camps pour venir en aide aux réfugiés et aux déplacés. J'étais à Abéché cet été. C'est une véritable «cité humanitaire». Un endroit où une bonne partie des avions, véhicules ou gens sont identifiables comme humanitaires. Quand vous arrivez dans un camp, vous n'avez pas le sentiment d'être dans un lieu désolé. Certes, il y a de la souffrance, de la misère, mais il y a aussi un grand nombre d'humanitaires, expatriés et tchadiens, qui s'efforcent, avec succès, d'en atténuer les conséquences. Et c'est également le cas dans une grande partie du Darfour.

N. O. -
Cette affaire pose à nouveau la question du Darfour. Comment qualifier les atrocités commises dans cette région ?

R. Brauman. - C'est la vraie question. Sommes-nous aujourd'hui dans la situation de 2003-2004 ? La réponse est non. Il continue d'y avoir des violences disséminées, le gouvernement soudanais fait toujours la guerre aux rebelles, nais le niveau de violence n'a rien à voir avec ce qu'il était il y a quatre ans. Un indicateur : la mortalité a été divisée par cent ! Il y avait en moyenne 10 000 morts par mois en 2003-2004, contre une centaine actuellement. A cela, je me suis vu rétorquer par Bernard-Henri Lévy que ce n'est pas parce qu'en 1944 la majorité des juifs avaient été exterminés qu'il ne fallait plus rien faire. Cette référence au nazisme est d'abord une façon de couper court à toute réflexion. Dès que vous avez prononcez le mot génocide, vous interdisez toute distance et justifiez toutes les transgressions.

 

Christophe Boltanski

Le Nouvel Observateur

Adriana Evangelizt

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Lundi 15 octobre 2007 1 15 /10 /Oct /2007 02:45

Les mensonges de la loi

 

par Rony Brauman 

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EN SEPTEMBRE 2001, les travaux de la Conférence mondiale sur le racisme de Durban avaient été noyés dans le tumulte d’une compétition malsaine pour le titre de victime majeure. La question de la traite esclavagiste et du colonialisme était devenue l’objet d’une rivalité perverse avec la Shoah pour le titre de plus grand crime de l’histoire, à l’ombre du conflit israélo-palestinien.
 

L’écriture de l’histoire sous forme de réquisitoire et sa dilution dans une mémoire de malheur sont le mouvement même de cette compétition malsaine.

 

Lors des cérémonies d’avril dernier au mémorial de la Shoah de Jérusalem, le président polonais Aleksander Kwasniewski, constatant qu’un nombre record de 22000 jeunes Israéliens s’étaient rendus à Auschwitz au cours de l’année écoulée, regrettait que ces voyages se limitent à un pèlerinage sur les lieux du désastre. Il appelait les participants à s’intéresser aux huit cents ans de vie juive en Pologne et à se souvenir que ce pays ne fut pas uniquement un territoire d’extermination des juifs. Renouer avec une longue histoire qui n’est pas celle d’un supplice séculaire est un but en soi. Cela permettrait aussi d’éviter que la principale leçon retenue par les jeunes Israéliens de ces voyages sur les lieux de la mise à mort de juifs hors d’état de se défendre soit que leur existence tient exclusivement à la puissance militaire de leur pays.

 

On doit respect aux morts, on ne doit que la vérité aux vivants, disait Anatole France. L’importance prise dans l’espace public par la rhétorique de la mémoire tend à reléguer cet impératif dans les limbes. Invoquant le « devoir de mémoire » et cultivant la nostalgie de la grandeur nationale perdue, l'Assemblée nationale a voté le 23 février dernier une « loi portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». Cette loi reconnaît les souffrances éprouvées et les sacrifices endurés par les rapatriés, les anciens membres des formations supplétives et assimilés, les disparus et les victimes civiles et militaires des événements liés au processus d’indépendance de ces anciens départements et territoires [...]. » Remercions au passage les juristes qui rappelèrent à cette occasion qu’une loi peut permettre, obliger, ou interdire, mais qu’elle n’est pas faite pour reconnaître. Ils ne furent pas entendus par les parlementaires, qui allèrent plus loin au contraire : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ». Incitant les professeurs à se faire les porte-voix d’une histoire officielle, cette loi ouvre par là même la voie à toutes les surenchères revendicatrices.

 

L’historien de l’esclavage Olivier Pétré-Grenouilleau notait [1] , à propos des élucubrations de Dieudonné, que le détournement de l’histoire négrière est considérablement facilité par le fait que l’esclavage n’est pas un véritable objet d’histoire, en dépit des milliers d’ouvrages qui lui sont consacrés, mais d’abord un enjeu politique. D’où la tendance largement partagée à l’appréhender dans des termes d’abord moraux et accusatoires, qui sont le lexique du « devoir de mémoire » et dont divers incendiaires peuvent faire leur miel. Seule l’histoire, qui n’est pas un tribunal mais une discipline intellectuelle, nous permet de saisir la complexité d’un passé qui resurgit constamment dans le présent.

 

Enseigner l’esclavage conduit ainsi, nécessairement, à étudier les trois traites - arabe, africaine et européenne - qui le constituent et à décrire le commerce entre négriers orientaux, noirs et occidentaux. On ne voit pas d’autre antidote au poison de la victimisation par héritage. que ce dépassement du ressassement mémoriel par le savoir historique. Malheureusement, la loi mentionnée plus haut va dans le sens contraire et c’est pourquoi il faut demander son abrogation.

 

 

[1] "Traite négrière, les détournements de l’histoire", Le Monde du 5 mars 2005

 

Sources LDH Toulon

 

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